Traversée de la Turquie Début d'un nouveau voyage

Publié le par Tanchovic

ISTANBUL-ERZURUM

 

Nous avons quitté İstanbul en bus pour rejoindre Bergama, plus au Sud, où nous attendaient nos deux nouveaux vélos sur l’un desquels flottait encore un drapeau orange marqué d’un gros « Belgium ». Ayant perdu nos fanions dans le tram, nous arborons pour le moment le leur. C’est assez caucasse lorsque nous rencontrons l’incontournable “Where are you from?”, et qu’on répond qu’on est français, avec mon visage de japonaise en prime, c’est à n’y plus rien comprendre…

 

Nous nous sommes remis à pédaler, plus légers en matériel mais avec un bon embonpoint qui nous appelait à reprendre la route rapidement (voilà ce qui se passe quand les jours de repos on mange autant qu’après 10 heures de vélo et surtout quand l’arrêt dure trois semaines...).

La première journée fut très venteuse avec de grosses bourrasques nous faisant perdre l’équilibre. J’étais presqu’à l’arrêt lorsque nous roulions sur un piste de sable et toujours à la traîne derrière Christophe.

tn-DSC01141.JPGMais le soir, même en souffrant du prévisible « mal aux fesses », je ne regrettais pas notre choix. J’apprécie le plaisir de déambuler librement, de pouvoir emprunter des pistes pour éviter les routes dangereuses (trop fréquentées ou trop étroites...), mettre le vélo dans le train pour Erzurum était réglé comme une lettre à  la poste et c’est également appréciable de ranger facilement les vélos pour la nuit. Ce soir nous sommes accueillis pour une jeune medecin stambouliote exilée à Erzurum et nos engins dorment sur le balcon après plus de trente heures de train, longues mais très agréables.

 

De longues heures en effet de plaisir pour les yeux et de belle matière à garder en mémoire pour d’éventuelles prochains jours de grisailles où je n’aurai qu’à fermer les paupières.
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Le train traverse surtout des plaines arrides fréquentées par quelques troupeaux et leurs bergers et encerclées de chaînes de montagnes sur lesquels se déclinent par strates des couleurs qui vont du jaune doré au gris argileux en passant par du pourpre ou du rose poudreux. Parfois on découvre inopinément des rivières ou torrents au coeur de la scéheresse environante. Puis suivent quelques menus bosquets, petites tâches vertes au milieu de

longues bandes de champs de blé fraîchement coupé.

 

Ce trait d’union semi-désertique entre l’Ouest et l’Est de la Turquie sonne réellement le début d’un nouveau voyage. Nous quittons la modernité pour rejoindre les hauts plateaux où le temps semble s’écouler plus lentement. Il paraît long aussi pour ceux qui attendent le coucher du soleil car tous ici respectent le jeûn du Ramadhan.

 

 

ERZURUM-DOGUBAYAZIT

 

A Erzurum, nous remontons sur nos machines. Le soleil tape encore fort mais le grand vent des altitudes nous garde au frais. Il ralentit également notre progression sur la large route qui éffleure les montagnes pour nous mener en Iran. Les distances aussi ne sont plus les mêmes, nous évoluons  maintenant dans de grands espaces et les villages sont isolés les uns des autres de plusieurs dizaines de kilomètres. Malgré de nombreuses bourrasques, nous avançons bien. Christophe roule comme un chameau, c’est à dire qu’il va aussi vite sur le plat par temps calme que dans les montées et face au vent. Je m’accroche parfois (souvent) à son épaule dans les côtes, ça me permet d’économiser mon faible corps et lui de se défouler un peu.tn-DSC01142.JPG

 

Le premier soir, nous nous arrêtons à Eleskirt (Eleşkırt) après 90 kms de vélo. Cette première journée était assez aisée, nous avons perdu 300m d’altitude (de 1950 à 1650m d’altitude). Vers 18h15, la nuit tombe et la mosquée indique la rupture du jeûn. Nous sortons alors pour acheter de la nourriture mais les rues sont désertes, les boutiques allumées mais fermées, tous sont rentrés chez eux pour manger. Nous errons dans une ville-fantôme jusqu’à tomber enfin sur un restaurant. Nous dormons ensuite dans un hôtel aux draps douteux certes, mais dont le prix respecte (enfin !) notre budget. Si nous posons une bâche sur le lit, sortons nos sacs de couchage et faisons abstraction des odeurs et des mouches dans les sanitaires, chose à laquelle nous nous sommes habitués, ça fera bien l’affaire.

 

Depuis Eleskirt, nous nous préparons à franchir notre plus haut col à vélo (2315m).

Au réveil le garçon de l’hôtel nous donne le journal « Turkiye » où il y a un article sur notre voyage et le projet avec les enfants. Quelques jours plus tôt nous avions en effet rencontrer un journaliste à Erzurum et tourner un petit reportage pour la télé mais nous ne pensions pas que nous aurions droit également à un encart dans les quotidien.

Nous reprenons la route sous les yeux amusés d’une quinzaine de curieux. L’ascension du col se passe facilement. Nous enchaînons en douceur des plateaux de plus en plus élevés, passons le col, qui est en fait à 2290m d’altitude selon la DDE turque, et redescendons vers Agri (Ağrı).

 

tn-DSC01144.JPGLe temps passe très vite le décor est grandiose, le ciel semble nous envelopper et il paraît encore plus lumineux et immense à  mes yeux, comme si en dehors des montagnes il n’y avait que lui. Tout se passe à merveille, mis à part un petit évènement assez surprenant.

Nous arrivons dans un petit village où une dizaine d’enfants qui sortent de l’école courent nous rejoindre sur la route mais bizarrement les habituels « Hello ! Hello ! » et les grands sourires ne durent pas et les petits garnements commencent à ouvrir mes sacoches à l’arrière pour y piquer ce qu’ils peuvent trouver. Je me force à hausser le ton et ils me rendent dentifrice et brosse à dents en, semble-t-il, s’excusant. Cependant ce n’est qu’une feinte car voilà qu’ils recommencent, il faut avoir l’oeil partout, nous décidons de passer notre chemin rapidement et alors que nous avançons quelques uns se mettent à nous jeter des cailloux que nous évitons comme on peut. Pas un seul adulte à l’horizon, que faire ?, on ne va tout de même pas leur courir après à travers champs pour leur tirer les oreilles !

Nous partons la tête pleine d’interrogations. J’avais déjà entendu certains cyclotouristes renconter ce genre de réactions dans l’Est de la Turquie et en Iran. Mais ça ne peut pas n’être qu’un comportement que l’on pourrait simplement imputer à leur jeune âge et qui serait un simple jeu, car sur notre route, nous avons déjà rencontré de nombreux écoliers et ils étaient tous tout à fait adorables et seulement curieux.

Peut-être que, frustrés par une éducation trop rigide, ils profitent de l’occasion pour se divertir. En tous cas ces malheureux gestes contrastent fort avec la gentillesse et la générosité que l’on nous exprime chaque jour. En attendant une explication nous mettrons dorénavant nos casques pour passer devant les écoles.

 

tn-DSC01224.JPGIl nous faudra deux jours supplémentaires pour atteindre Dogubazayit (Doğubayazıt), dernière ville avant la frontière iranienne et dominée par le Mont Ararat. A son approche, les montagnes changent déjà d’allure, elles passent du rose et pourpre au gris et leurs flans commencent à frôler la verticale. Nous resterons à Dogubazayit un jour de plus, le temps de reposer nos cuisses courbaturées et de m’acheter des vêtements « légaux » pour l’Iran (Je dois surtout porter un foulard de couleur sobre pour cacher mes cheveux et ma nuque, et en plus d’un pantalon large, d’un haut très ample à manches longues et de chaussures fermées, il faudrait également, paraît-il, une tunique qui descend sous les fesses, mais je vérifirai à la frontière si cela est vraiment nécessaire). Nous en profitons aussi pour visiter le palais d’Ishak Pasha (İşak Paşa), à 5 kms de la ville. Construit par les Ottomans au XVIIIe siècke, cet édifice est posé au milieu des montagnes et s'inspire de l'architecture perse, arménienne, géorgienne, seldjoukide et ottomane. 

Estelle

Publié dans Turquie

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A
Et ben dites-moi ! Il s'en passe des choses pendant qu'on a le dos tourné ! Et en plus vous avancez comme des TGV à roulettes… C'est magnifique. Vous avez l'air en pleine forme ! Bon, on en reparle après le fameux col… N'oubliez pas de vous rhabiller dans la descente. On vous embrasse très fort : Buonas Ondas Amigos…
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C
Enfin des nouvelles.<br /> Félicitations pour votre "belle" écriture également bande de poetes à roulettes!
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