Des bergers sur la Lune

Publié le par Tanchovic

Arrivée à la frontière Turquie Iran, nous sommes maintenant quatre cyclotouristes, avec Stephane, un belge qui se rend en Inde à Dharamsala et Zo un malaysien effectuant un Los Angeles Kuala Lumpur, tous deux rencontrés séparement sur la route dans la journée d`hier (http://www.crazyguyonabike.com/doc/page/?o=rzyi&page_id=64146&v=3j).

Nous dépassons ensemble les semis remorques en attente, évitons quelques chiens errants puis effectuons les formalités douanières de sortie du territoire turc. Pour patienter, une grosse télé diffuse un vieux Bruce-Lee traduit en turc.

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Les semis et en arriere plan le grand Mont Ararat et le petit a droite

Notre passeport tamponné, nous nous présentons aux douaniers iraniens. Une grille nous sépare :

 Eux ;"vous venez d`ou ?".

Nous : "Turquie".

Eux : 'Vous allez ou ?".

Nous : "Iran"

Eux :"ok, passeport".

Ca commence bien.

Le portail s`ouvre, ils prennent nos passeports et nous indiquent un batiment. J`observe les regards, apparement plutot amicaux, les uniformes, les posters informatifs en perse.

Les visas sont validés,les douaniers nous souhaitent "Welcome in Iran" et formulent des recommandations d`usage puis ouvrent le sas, nous livrant aux changeurs de devises, "turkish lira, euro, dollars…". Nous passons notre chemin et nous dirigeons droit vers la banque. Nous sommes tous un peu excités mais aussi sur le qui vive, le temps d`appréhender ce nouvel environnement et de "sentir" le pays.
 
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Vue de trois guides spirituels Iraniens depuis la Turquie

Je change 300$ et ressorts les poches pleines, avec trois grosses liasses de 100 billets de 10000 Rials Iraniens (1,5 euros), soit trois millions. Je suis riche mais l`illusion  ne dure pas, nous nous arretons une heure plus tard dans un champ, derrière une maison abandonee, pour une nuit à la belle étoile. Zo , le Malaysien, prépare une soupe désydratée que nous partageons avec des fruits et du pain, tout en se racontant quelques bouts de voyages.
Nous décidons de rouler ensemble jusqu`
à la mer Caspienne en optant pour les petites routes et les villages, évitant ainsi l`axe habituel Tabriz/Zanjan/Téhéran, le trafic, et les grandes zones urbaines.

Notre découverte de l`Iran commence donc par l`arrière pays et son coté le plus traditionnel.

Depuis dix jours que nous pédalons dans le nord du pays, région turcophone appellée Azanbayerjan Sharqi, nous admirons ces paysages uniques et somptueux, les montagnes sont nuancées de gris, de rouge, de jaune, de pourpre et nous nous arretons souvent pour mieux apprécier la tranquillité et le calme imposants de cette nature.
 
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Au-dessus de 1500m, le sol est aride, rivières et torrents sont asséchés, l`air est très sec. La route que nous suivons est en bon état, (bien meilleure que celle du Monténégro, de l`Albanie ou meme de la Grèce), et serpente entre les gorges, les massifs et les rochers.

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Les dénivellés s`enchainent et nous évoluons constamment entre 1000 et 2000m, la température est idéale, comprise entre 25, 
30 degrés C le jour et 15 la nuit, (70% du territoire iranien est au dessus de 1000m), il ne pleut jamais. Chaque vallée semble disposer d`une culture spécifique, mis à part les champs de blè prèsents partout en dessous de 1500m.

C`était d`abord les champs de melons et de pastèques, puis la vallée des pommes, ensuite les vignes. Sur la mer Caspienne, rizières et plantations de thé bordent les routes par petits carrés.

Au bout de sept jours d`efforts, nous finissons de contourner le Mont Salbana 4811m et nous nous affranchissons du dernier col avant la mer Caspienne, passsant à nouveau de 1000 m à 1600 m.
 
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Le mont Salbana 4811m 

Après un tunnel de 300m, assourdissant avec les klaxons des camions, mal éclairé et sans aèration, nous nous retrouvons  subitement dans une nature très verte, avec des forets fournies et une humidité collante. Ce changement radical mérite une pause, le temps d`ingurgiter concombres, nans (équivalent de la baguette locale), et dattes, nous dévalons le col et passons et de 1600m à -20m en 40 km, jusqu`à Astara, ville frontalière avec l`Azerbaidjan.

La géographie de cette région est déboussolante et impressionante, mais les Iraniens le sont encore plus.

Cette première semaine a été l`occasion de traverser de minuscules villages habités exclusivement par des agriculteurs et des bergers. Ces gens sont bouleversants d`hospitalité, de sourires et de malices.


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Dans le Coran, inviter le voyageur, c`est ramener Dieu à la maison. Mais leur spontanéité est loin de ces calculs mesquins et 
nous vivons pleinement ces rencontres  éphèméres, au delà des mots que nous n`avons pas en communs et bien inutiles dans ces moments là.

En fonction des vallées, on nous offre pastèques et melons, pommes, raisins, noix, confitures et fromages, nans, bijoux, thé, théière, sucres. Si l`on croise un berger au milieu de nulle part, ce sera ses fonds de poches, briquets, prunes… et impossible de refuser malgrè nos vélos trop chargés.

Toujours, on nous souhaite "Welcome in Iran" et cette politesse, ces échanges de regards avec certains bergers, toute cette générosité et ces attentions nous touchent beaucoup et nous laissent sans voix.

Néanmoins, cette source de bonnes ondes se tarit systématiquement a l`approche des plus grandes villes et nous oblige, comme dans tous les pays, à renouer avec la prudence et la suspission.

Je repense à mon appréhension de l`Iran avant d`y entrer, aux articles de journaux, a l`axe du mal… j`avais encore oublié que 
les relations politiques des gouvernements sont soumises à leurs intérets économiques et ne reflètent pas la réalite et la compléxité d`un pays. Derri
ère ces enjeux et ces tensions, nous oublions que des hommes vivent.

Je crois que ces bergers sont plus éloignés des influences politiques et religieuses  que dans les grandes villes. La rudesse de leur condition de vie  les rapproche au plus près des choses essentielles et simples de la vie, peut etre un peu comme nous, voyageurs à bicyclettes et cette combinaison d`éléments est propice à l`échange.

Peut etre que dans ces brefs instants de partage et dans ces échanges de regards, parvenons nous à oublier la culture, la religion et l`environnement de chacun pour apercevoir cette parcelle d`humanité et de vérité que nous avons tous en commun, et de là nait cette osmose.

Elyar, un étudiant iranien chez qui nous avons passé la soirée et la nuit me disait dans un anglais approximatif : " I love foreign people, Iraniens love people for all the Earth, but if there is war, army will take me and I will have to make war", ("j`aime les gens de l`étranger, les Iraniens aiment les gens de toute la Terre, mais s`il ya la guerre, l`armée va venir me chercher et je devrai me battre".).

Et je songeais alors aux articles qui seraient écrits dans nos journaux et dans les leurs, aux déclarations de nos gouvernements justifiant la violence de leurs décisions.

Et je me dis que personne ne parlera de Elyar et du peuple Iranien qui ne souhaitent que vivre en paix, comme nous.

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Campement d`un soir dans un paysage lunaire


Publié dans Iran

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L
Bon aniv à Estellle.On pense à vous et ce soir
on trinquera à sa santé.On vous embrasse très fort tous les deux. Votre périple est formidable,c'est super ! quel enrichissement !
Gros,gros bisous.Je vous laisse, mes invités arrivent ... Non il n'y a pas de gigot !
Tata Moutzette and Co and Jipi and Pauline
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B
On sent que vous baignez complétement dans votre voyage,; les tracas du début semblent aussi loin de vous que peut l'être Strasbourg !
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T
Vous êtes nos messagers de la paix. Continuez comme cela. Et puis comme le dit Carine on est fiers de vous!
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C
Ah ben quand même, ça fait plaisir d'avoir des nouvelles récentes.Si vous en avez l'occasion je ne peux que vous conseiller de goûter aux petites figues d'Iran, bonnes à pleurer (c'est la femme enceinte qui parle; rien qu'en voyant les nans sur le site de votre "collègue j'ai eu envie de manger indien!).
Sinon ici rien de trop neuf, il fait beau et pour un mois d'octobre en picardie bah on ne va pas se plaindre.
Et puis quand même je suis toujours aussi fière de vous et j'espère que ce "voyage" vous apporte chaque jour son lot de joies aussi simples soient-elles!
Mes amitiés à vos road-friends.
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