Maison de la folie n°2 ?

Publié le par Tanchovic

Teheran, le 28 octobre 2007

Nous sommes arrivés à Téhéran en pensant faire nos visas pour le Pakistan en deux jours, puis aller randonner sur le Mont Damavand, point culminant du pays. Mais ça semblait un peu trop facile.

En effet, nous avons appelé l’ambassade du Pakistan qui nous demandait pour tout visa (touristique ou de transit) une lettre de recommandation que l’ambassade de France refuse de délivrer. Nous insistons quand même en envoyant un message au Consul, que nous avions déjà contacté avant notre départ, et sollicitons son aide, dossier du projet et lettre de Madame le Maire de Strasbourg à l’appui, en lui expliquant qu’il n’est pas possible pour nous de prendre un avion. Il contacte l’ambassade de France à Islamabad pour leur demander leur accord mais essuie un refus.              


Chaînes de montagnes de l-Alborz qui domine Teheran


Nous sommes restés plus de deux semaines dans la capitale iranienne à chercher une solution et à jongler avec les horaires d'ouverture des différentes ambassades et autres services publics dans une ville qu'on serait gentils de comparer à une fourmilière, nous avons passé des heure dans des embouteillages interminables... Nous avons lu sur Internet qu’il était peut-être possible de prendre un bateau depuis Bander Abbas pour Bombay, mais après coup les compagnies nous ont informé que les cargos peuvent transporter nos vélos mais ne prennent pas de passagers et que nous devions prendre l’avion. Ensuite nous avons trouvé une agence de voyage qui propose des trajets en bateau depuis l’Iran vers Dubaï, cependant les prix sont exorbitants et ensuite il faut encore prendre un autre ferry pour se rendre en Inde. Une autre solution était de renvoyer nos passeports à une des agences françaises qui prend en charge les formalités pour l'obtention des visas, mais celles-ci ont refusé de nous fournir ce service en raison des risques de perte de documents. Enfin, certains voyageurs nous ont conseillé de prendre notre visa à Zahedan, ville-frontière avec le Pakistan, mais selon d'autres, ce n’est plus possible depuis environ un an et mieux vaut prendre l'avion.

Tout semble constamment arbitraire avec ces formalités administratives. L’ambassade française de Téhéran nous dit qu’on aurait pu obtenir le visa pakistanais en France sans aucun problème mais que le Ministère des Affaires étrangères leur interdit de délivrer des lettres de recommandation pour ce pays. De même, si nous allions au Pakistan en avion et atterrissions à Islamabad, ils nous auraient -peut-être- donné la lettre. Pourtant la plupart des attentats ont lieu dans des grandes villes comme Islamabad, Karachi, Peshawar, etc. Et de plus, en arrivant en avion dans la capitale, rien ne nous empêche de sillonner ensuite le pays. J’ai du mal à comprendre la logique. Nous leur avons proposé de leur écrire une lettre certifiant que nous avons pris connaissance des risques que nous sommes susceptibles d'encourir et que nous entrons au Pakistan sous notre propre et entière responsabilité. A mon sens, il y a bien plus de chance de mourir dans un accident de voiture en Iran -26000 morts sur les routes chaque année- qu’il nous arrive quoique ce soit au Pakistan, surtout que nous nous sommes résignés à ne pas pédaler dans ce pays mais de traverser en bus les zones tribales (où il pourrait y avoir des affrontements entre les « terroristes » et les forces de l’ordre) et de ne pas stationner dans les grandes villes. Le risque est donc très faible. Les ambassades française et belge sont d’ailleurs les seules à refuser de délivrer cette lettre de recommandation!

Finalement il y a trois jours, alors que nous étions sur le point de quitter Téhéran, nous avons tenté une dernière fois notre chance en nous rendant en propre à l’ambassade du Pakistan, dans l’espoir que sur place les formalités seraient simplifiées (on ne sait jamais…). Et à notre grande surprise, -contrairement à ce qu'on nous avait indiqué au téléphone en nous raccrochant au nez après chaque information concédée (du coup on a du rappeler cinq fois pour pouvoir obtenir tous les renseignements que nous voulions), l’agent, très sympathique et souriant, nous dit que pour les visas de transit, nous n’avons pas besoin d’une lettre de recommandation mais juste d’une lettre d’attestation de l’ambassade de France à Téhéran, certifiant que nous sommes bien titulaires de nos passeports et que nous sommes bien de nationalité française. Demi-joie seulement car au téléphone nous rencontrons de nouveau un refus de la chancellerie consulaire de nous délivrer une telle lettre. Nous nous y rendons quand même personnellement. La secrétaire nous dit que certains voyageurs ont déjà essayé avec ce type de lettre mais n'ont jamais pu obtenir de visa. Elle accepte tout de même de demander un entretien avec M. le Consul. Ce dernier nous répète qu'ils ne peuvent pas nous empêcher d'aller au Pakistan mais qu'ils ne peuvent pas non plus nous y aider. Après que nous ayons insisté sur le fait que cette lettre est un courrier standard qui pourrait être destiné à de multiples fins et que cela ne les engage en rien, le consul accepte finalement de nous la faire rédiger. L'ambassade du Pakistan est déjà fermée mais nous y retournons le lendemain avec -évidemment- la lettre, passeports et photocopies de tous nos visas, trois photos, le formulaire rempli et une lettre expliquant que nous n'avons pas pu fait notre demande en France car notre voyage a commencé en juillet. On enchaîne avec un entretien très succinct :-Êtes-vous mariés? Êtes-vous des touristes? Ok. Pas de problèmes, Revenez demain pour récupérer vos visas.

Bon ben voilà c'était aussi simple que ça….???!??...

Nous sommes maintenant prêts à reprendre la route avec heureusement un mois d'extension de nos visas iraniens.

Nous avons aussi été randonner sur le Mont Damavand, passer quelques jours au calme, loin de toutes ces tracasseries formelles…

On nous avait prévenu que nous aurions du randonner aux mois de juillet-août et qu’il était impossible d’atteindre le sommet à cette époque de l’année, où il faisait déjà -20 degrés et que les jours qui suivraient, les températures allaient encore dégringoler. Comme les locaux sont souvent beaucoup trop inquiets pour nous, nous décidons avec Stephan, que nous avons retrouvé à Téhéran, de nous rendre au village de départ des treks et de voir ce qu’il en est. Arrivés à Reyneh, nous commençons l’ascension avec pour seul objectif de voir simplement jusqu’où nous pouvons grimper. La première journée est très agréable, un beau soleil éclaire la chaîne de montagnes de l’Alborz et le Mont Damavand. Nous arrivons au camp de base à 2950 mètreIRAN-DSC01940.JPG et récoltons du bois en prévision d’une nuit bien fraîche. Le refuge est ouvert, un peu trop même car il manque de nombreuses vitres aux fenêtres, que nous bouchons avec des cartons pour nous protéger du froid. Le camp est désert mais les trekkeurs et leurs guides ont laissé un énorme champ d’ordures de toute sorte, délaissant les énormes poubelles mises à disposition, c'est très navrant.

Nous faisons un énorme feu qui nous tient éveiller jusque 22h puis allons nous coucher. La nuit est mauvaise, Christophe est le seul à ne pas avoir froid. Le lendemain, nous nous réveillons tard et encore bien fatigués, mais après un bon plat de pâtes, nous nous dirigeons vers le camp 2 à 4200 mètres. On sent déjà bien l’altitude, on avance tranquillement. Plus on grimpe, plus les nuages nous rattrapent et IRAN-DS2-.JPGnous sommes bientôt enveloppés par un énorme brouillard gelé. 3300 mètres : on a maintenant tous nos vêtements sur nous (-pour ma part, un bon pantalon, des grosse chaussettes, un T-shirt, un pull à manches longues, une polaire, une veste Gore-Tex et des gants ; Pour Christophe c’est à peu près pareil sauf qu’il a des sandales, mais des grosses chaussettes quand même-), on abrège la pause car il fait vraiment très froid. On continue à monter mais là même en marchant, on a très froid et les doigts gelés. 3700 mètres : il neige, je ne sens plus grand-chose. Le camp où on est censé dormir est à 500 mètres d’altitude supplémentaire. Il fait 0 degrés alors qu’il n'est que 14h30 et nous ne savons pas si le refuge est ouvert, mais en tout cas ce qui est sûr, c’est qu’il est vide et qu’il n’y a pas de chauffage, et pour l’eau c’est encore un mystère. Et oui, nous sommes fin octobre !!! On discute tous les trois pour savoir si l’on doit ou non continuer. C’est impossible de dormir là-haut alors que la nuit précédente nous avons déjà eu très froid à 2950 m après une belle journée ensoleillée et à l’abri dans un refuge. Nous ne pouvons pas non plus monter jusqu’au camp et redescendre aujourd’hui car il fait déjà nuit à partir de 17h. Nous en concluons que nous devons redescendre. Christophe est très déçu, moi très soulagée et Stef sort la phrase qu’il faut « Better safe than sorry ». Ce sera sans regret, d’autant plus que sur le chemin du retour vers Téhéran, nous rencontrons un IRAN-DSC01994.JPGjeune iranien qui parle très bien anglais et nous invite à un repas de famille. On discute autour d’une nappe magnifiquement garnie (nappe sans table effectivement, car en Iran on prend traditionnellement le repas par terre) : délicieuse soupe, riz au safran, salade, poulet, maïs, nan (pain) puis on termine avec du thé, des fruits et des biscuits. Le petit déjeuner sera également royal (différentes sortes de fromages, omelette, confitures de cerises, de mirabelles, et de carottes faites maison, biscuits, nan, thé et café) et nous passons un moment très agréable avec Ahmed qui nous fait visiter sa ville et nous en dit un peu plus de la vie des jeunes en Iran.

De retour dans la capitale, nous retrouvons Malihe, la mère d’une amie, qui nous accueille tout aussi royalement dans sa grande maison, havre de paix dans cette ville démentielle qu’est Téhéran, capitale bruyante, polluée, aux rues constamment encombrées de motards et automobilistes qui ne respectent aucunement le code de la route ni ne connaissent l'usage du rétroviseur. C’est la loi de la jungle, même sur les trottoirs où les motos ne se gênent pas de rouler quand elles en ont besoin. Cette ville a très peu de charme. Mis à part quelques  parcs pour se mettre à l’abri de ce stress permanent, il n’y a que trafic et buildings. Les endroits où l’on peut se reposer sont très rares, on ne trouve pratiquement pas de cafés (enfin il doit y en avoir mais ce n’est pas courant) et bizarrement très peu de restaurants, par contre les fast-food et sandwicheries ont réussi à s’implanter partout. Pas de "Mac Donald’s" et "Pizza Hut" ou "KFC" mais des "Mast Burger", "Pizza Hot" et "NFC", enfin bref, les mêmes saloperies, vendus aussi cher que chez nous. Heureusement Malihe nous prépare des mets délicieux : différentes sortes de soupes perse ou kurde, des feuilles de vignes, des galettes d’épinards, du poulet au raisin et safran, et toutes sortes d’autres légumes et viandes merveilleusement cuisinés, sans oublier toutes les sortes de fromages, yaourts (dont le Duh -sorte de petit lait fermenté pétillant-), confitures, miels, halvas, et fruits servis à chaque fin de repas comme à tout moment de la journée. L'hospitalité iranienne n'a presque aucune limite. Nous sommes parés pour repartir.



















Estelle



 

 

Publié dans Iran

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A
Bravo pour cette dernière photo, ca montre bien le mimétisme parfait dont vous savez faire preuve, Estelle tu es la reine du déguisement!!!
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S
bon on se voit quand?
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M
ici, on plonge tout doucement dans le grand froid, on s'engourdit petit à petit et c'est très motivant de voir tout ce que vous faites de votre côté !!
bonne continuation marielle
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C
C'est bon de vous lire !!! même si le périple pour récupérer vos visas n'a pas été facile, vous avez tenu bon... encore une fois ! Merci pour vos photos, elles sont très jolies. Après la super randonnée dans le froid, on est ravis d'apprendre que des iraniens ont pris soin de vous dorloter.. vous avez bien mérité votre festin, qui, je dois l'avouer, m'a mis l'eau à la bouche. Ici tout va bien, on pense fort à vous, avec à chaque fois, un grand sentiment de Fierté ! PS : oliv tient bon, toujours aucun shooter absorbé depuis votre départ ! plein de bisous Céline
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M
Bravo pour votre opiniatreté. Pour info, un article sur votre aventure aujourd'hui dans les pages des légendaires "Dernières Nouvelles d'ALSACE"
Mille bisous
mathieu
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