Iran, engageons-nous...

Publié le par Tanchovic

Vous trouverez ci-dessous quelqes commentaires sur l-Iran, je voulais vous faire part de quelques elements d`informations vu d`ici.
 

Le consul résume ainsi la situation: « 85% des Iraniens sont des gens très hospitaliers et gentils, mais les 15% restants sont les dirigeants  et les forces de l’ordre, impossible de discuter avec eux, il faut savoir que nous sommes constamment surveillés, comme en URSS avant et ça dure depuis 29 ans ».

Alors la population est très remontée contre le gouvernement et les instances dirigeantes, dans nos rencontres, les Iraniens critiquent systèmatiquement  le président .

Comment un peuple aussi éduqué et libre avant la révolution islamique pourrait il se satisfaire de ce manque de liberté ?

On lit sur les murs des immeubles des phrases de propagande, comme les grands panneaux publcitaires en 4X3 en Europe le long des grands axes de circulation, « Have a break, enjoy a Coke », en Iran, c`est plutôt, « Suivre la loi islamique est le seul moyen d ‘atteindre la plénitude ».

Mais ces slogans semblent moins bien assimilés par les Iraniens que nos conseils en consommation.

Le systéme semble si solide vu d’ici que les gens l’acceptent un peu comme le mauvais temps, sauf que 29 ans de grisaille… ca donne envie de changer d’air et tous les moins de 30 ans rêvent de partir ailleurs entre les USA, le Canada et l’Europe.

Les plus riches ont la possibilité de voyager et connaissent le côté pile de la face si désirable de l’Occident.

Les Iraniens savent que leur pays est très riche mais que les revenus du pétrole ne sont pas investis dans le pays, l’inflation est de 15%.

Des réformes sont attendues, bien loin de l’objectif des 3000 centrifugeuses.

au niveau national, le président Amadin-Nejad avait fait sa campagne sur le slogan “ramener l’argent du pétrole dans vos poches”, campagne relayée par les médias aux mains du pouvoir.

Il fut élu à la place de Mohammad Khatami, modéré et trop libéral au goût de khomeiny.
Et les poches  sont toujours vides.

Au niveau international, le président iranien Amadin-Nejad pousse l’Occident à agir et l’Occident pousse Mr Amadin-Nejad à reculer.

(Il faut savoir que dans la constitution iranienne, le président a très peu de pouvoir et n ‘est que la marionette des instances religieuses avec tout en haut l’ayatollah Khomeiny).

 

Contrairement aux idees recues, les Iraniens aiment les USA et l’Europe, les synagogues et les églises sont prèsentes dans toutes les villes que nous avons traversées, au parlement un siège est réservé pour la minorité juive et deux, de mémoire, le sont pour les chrétiens, chacun peut apparement librement pratiquer sa religion, sans restriction, (on a assisté à une messe à Shiraz, à une fête religieuse juive à Yazd).

Les manifestants pro gouvernementaux ou anti quelque chose de l’Occident sont souvent  des fonctionnaires que chaque service de l’état envoit, on prend une pancarte, on défile, on se fait enregistrer “présent”, on rentre chez soi.

 Les manifestations diffusées sur nos chaînes d’informations sont des images fortes qui marquent les esprits une fois passée à la télé. 

Les Iraniens ne sont pas dupes de leur gouvernement et de leurs médias, et nous ?

Je lisais dans Le Monde du 9/11/07, une citation d’ Amadin-Nejad “l’Iran n’a que faire des sanctions des USA” et il sous-entendait que l’ennemi, c’est à dire les USA, ne faisaient que renforcer la solidarité et le soutien du peule iranien à la politique gouvernementale.

 

A la fin de l’article, une image apparaissait dans ma tête, celle d’un peuple uni derrière son président dément, bien loin de la réalité du pays et de ce que je vis ici.

 

Mais pourquoi un président proclame t’il de pareilles déclarations sur les juifs, l’Occident, les USA, sûr de se mettre à dos toute la communauté internationale ? Et la population supporterait un tel dirigeant ?

Pourquoi vouloir une centrale nucléaire ou une bombe nucléaire alors qu’on ne peut vivre décemment de son travail ? Pourquoi un iranien qui travaille dure 6 jours sur 7 pour gagner 200 à 300$ par mois (600$ pour un professeur ) supporterait un gouvernement qui gagne des milliards avec le pétrole tout en le privant de liberté ?

 

Aujourd’hui, Mr Amadin-Nejad est complètement décribilisé et derrière la postiche presidentiel, le vrai pouvoir cherche le moyen de maintenir son emprise sur le pays, pour garder la main mise sur le pètrole, le gaz et ses milliards

Or le pays est jeune, 70% de la population a moins de 30 ans, et ça bouillonne, comment contenir cette jeunesse, les paraboles satellites  interdites fleurissent partout, l’interdiction de l’ADSL et de certains sites est un panier percé, les voiles se font de plus en plus petits, les manteaux de plus en plus ceintrés.

Dernièrement, les bars à Chichas, sorte de pipes à eau, ont été interdits, les gens s’y retrouvaient et discutaient de tout mais aussi de politique,  des librairies sont régulièrement fermées, la police des mœurs surveillent, surtout dans les grandes villes, généralement zone de départ des mouvements de révolte, le port du voile et autres détails….

Les arrestations se poursuivent sans pouvoir casser le mouvement.

Alors comment tuer l’ennemi de l’intérieur ? Comment remettre la population au pas ? La propagande est inefficace, les journaux nationaux sont peu lus, l’ennemi du pays fait rêver une grande partie des jeunes électeurs.

 

Une thèse parmi d’autre…

Les provocations verbales, les démarches pour les centrifugeuses et le nucléaire, loin d’être une preuve de déraison auraient pour objectif de déclencher une guerre Iran-extérieur permettant alors de justifer des décisions pour "éliminer l’ennemi de l’intérieur" et ressouder “la nation perse face à l’ennemi”.

Et les USA aiment à jouer avec ce genre de personnage qui leur fournit des arguments pour libérer la population ou  redessiner les frontiéres et diviser les territoires des producteurs de pétrole (les républicains souhaitent partager l’Irak en trois pays).

L’Iran, deuxième producteur de pétrole de l’OPEP et détenteur d’une des plus grandes réserves de gaz est un très grand pays (trop ?), sa mosaique de population peut se prêter à une redistribution des cartes.

Morceller   les producteurs de pétrole en petits producteurs permet de mieux s’assurer de nombreuses sources d’approvisionnement.

Le Turkmenistan est-il inquiété ?

C’est le modèle parfait, petit pays, population pauvre, bien tenue par un dictateur, qui a besoin pour cela d’une armée, donc d ‘argent et d’armes, donc il vend du pétrole et il achète des armes, et qui lui achète du pétrole peut aussi lui vendre des armes… et la boucle est bouclée.

Voilà, c’était juste une thèse parmi d’autres.

Je voulais simplement résumer mes discussions de ces deux derniers mois car ça me pesait d’entendre les craintes de tout le monde suite à notre présence en Iran, sentir cette peur dans les messages contrastaient fortement avec la réalité d’ici et notre coup de cœur avec l’Iran.

Quand on se baladait dans les rues de Téhéran (on logeait à quelques centaines de mètres d’entreprises publiques stratégiques), je ne pouvais imaginer une guerre dans ce pays sans ressentir une immense injustice à l’égard de tous ces Iraniens assoifés de liberté et insultés par le réflexe Iran = terrorisme.

Car comme le disait Alfred Korzybski :”la carte n’est pas le territoire”.

 Christophe

 

Publié dans Iran

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V
Merci beaucoup pour ce temoignage qui contraste avec de nombreuses idées reçues...
Je suis votre aventure depuis la publication dans le quotidien "20 minutes" et c'est un regal, je vous en remercie.
Bonne année 2008 et bonne santé surtout. Portez vous bien.

Manu, un strasbourgeois
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B
Et un article dans Café Globulot !
http://minilien.com/?BzR6l0TWWx
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B
Salut Christophe,
je suis vraiment content d'avoir un autre point de vue que celui de la presse "officielle". Merci encore pour vos témoignages à toi et Estelle.
Ce Korzybski m'a tout l'air d'être un brave gars avec les pieds sur terre.
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