INDE Premières impressions

Publié le par Tanchovic

undefinedNous partons donc pour le Sud à travers les rizières et champs de coton du Punjab, riche état agricole, à l’abri du vent entre deux rangées d’arbres. Nous traversons des petites villes assez sinistres, aux ruelles encombrées de montagnes de détritus, bouses de vaches sacrées, chiens estropiés et galeux qui dévorent d’autres chiens galeux écrasés sur la route et que personne ne daigne ramasser.
Le trafic est démentiel et toujours dense, même sur les routes secondaires, et gouverné par la loi du plus fort : la loi du plus gros camion au klaxon le plus puissant. Mais en réalité, il est bien plus effrayant de regarder la circulation que d'y prendre part. Une fois en selle, a--Champs-de-coton-Punjab.JPGon s'habitue très vite aux règles de conduite indienne. Les camions n’hésitent pas à doubler d’autres camions alors que nous nous trouvons sur leur trajectoire, nous obligeant à sortir de la route in extremis. Mais très vite, on ne se laisse plus faire et lorsqu’un poids lourd arrive vers nous en klaxonnant comme un dératé, je lui fais bien comprendre – en faisant des grands signes pour qu’il ralentisse- qu’on ne se jettera pas dans le fossé pour lui laisser la place et l’oblige à attendre d’avoir la voie libre pour doubler. 

a.-a-l-abri-du-vent-derriere-un-tracteur.JPGLes routes sont étonnamment en très bon état. Certaines ont été refaites cette année, mais il est difficile d'apprécier ce confort quand on croise des enfants qui travaillent sur la chaussée à la construction des nouvelles voies. 
L'Inde est vraiment un pays révoltant. Comment les élites dirigeantes peuvent-elles laisser leur peuple vivre dans une telle misère ?!! La plupart des Indiens ne sont pas éduqués, ils urinent et crachent partout -contrairement à ce que Gandhi leur avait conjuré afin de ne pas souiller le sol sur lequel certains marchent pieds nus-. De nombreux enfants ne vont pas à l’école et  les seuls mots d’anglais qu’ils ont appris sont « one pen,b--Le-festin-des-vaches-Bikaner-Rajasthan.JPG ten roupies, one chocolate… ». Les pauvres, les handicapés, les lépreux sont condamnés à mendier et dormir dans la rue sans aucune aide de l’Etat. Les intouchables sont assignés à vie aux tâches les plus viles.
Le système des castes fige la société indienne. Et s'il permet aux plus puissants de conserver leur position, il n'est même pas rejeté par les castes « inférieures ». En effet, la plupart des intouchables voient leur condition misérable comme étant le résultat de leurs pêchés antérieurs, condition qu'ils doivent accepter sans se plaindre ni se révolter afin d’accéder à une vie meilleure, conformément au cycle de réincarnation.
b.-Papou.JPGMais ce qui est encore plus bouleversant dans ce pays, c’est qu’il suscite toujours des sentiments contradictoires. L’Inde révolte et attendrit, comme elle répugne et émerveille. Des comportements les plus insupportables à la gaieté et la joie de vivre des Indiens, de la pire des misères à la beauté déconcertante des femmes -même des plus pauvres, même des mendiantes, même des intouchables qui nettoient les égouts mais qui se parent de beaux saris colorés et de nombreux bijoux….-, de la vision d’un énorme désordre moyenâgeux à la perception de l’énergie extraordinaire, de la vitalité inouïe de la société indienne…entre le pire et le meilleur, nous sommes entraînés dans un tourbillon d’affections, de pensées, d’émotions discordantes…Il faut alors s’affranchir de nos codes de valeurs, au moins les mettre de côté. L’Inde oblige à plus de patience, plus de tolérance et de compréhension, il n’y a pas le choix si l’on ne veut pas devenir fou.

A côté de ça l'Inde a aussi raison de se vanter de ses charmes. C'est vrai que c’est un pays magnifique, magique, envoûtant qui abrite parmi les plus beaux temples, les plus belles forteresses, les plus beaux parcs naturels. Et l'Inde touristique est très agréable : quand il s'agit d'appâter les touristes, tout le monde se bouge pour pousser la misère dans un coin -de rue-, on peut vous servir tout ce que vous voulez quand vous le voulez et même lorsqu’on vous arnaque, finalement vous ne dépensez pas grand-chose...Les rapports humains ne sont alors pas les mêmes. A l'hospitalité et la gentillesse des Iraniens et des Pakistanais succède le sens du commerce des Indiens –et après une première tendance à la comparaison, on a vite été contraints de s’y faire...-. Dans les villes très fréquentées, ils sont tous très sympathiques, seulement, quatre vingt dix pour cent des gens qui vous accostent ont quelque chose à vous vendre et/ou à vous prendre. Mais on a eu aussi l’opportunité de faire des rencontres plus agréables, ce qui nous a permis de nous réconcilier avec les Indiens. Heureusement car en Inde, bien plus qu’ailleurs, on vit tout le temps avec les gens, simplement parce qu’il n’y a pas un kilomètre carré non peuplé. Partout, même au milieu du désert, on peut croiser quelqu’un ; même lorsqu’on se croit seuls, on entend une voix au loin, un « hello » sorti de nulle part.

 

b-De-la-vegetation-au-desert-Punjab-Rajasthan-au-desert-copie-1.JPGAprès ce premier aperçu du pays, nous entrons au Rajasthan et apprécions progressivement le changement de décor: la verdure disparaît peu à peu laissant place au sable et à la poussière. Nous enchaînons de grosses journées, entre 100 à 130 kilomètres quotidiens, jusqu’à Jaisalmer, à l’Ouest du désert. Le centre reste encombré de motards, rickshaws, vaches sacrées et chiens errants, mais si l’on fait abstraction de la saleté et du vacarme, Jaisalmer est vraiment la plus belle ville que nous avons visitée en Inde. Sa citadelle, encore habitée, tout en grès jaune où se nichent de splendides demeures en pierre sculptée est impressionnante. Nous avons passé trois jours à flâner dans ses ruelles avant de undefinedprendre la plus petite route possible pour Jodhpur : deux jours de désert de sable parsemé de quelques arbustes et végétation épineuse, mais toujours pas de dunes…On croise quelques petits villages traditionnels, des chèvres, des buffles, des faisans, des perroquets et des dromadaires sauvage et…des camions qui nous explosent le tympan au passage…ah on n’est jamais tranquille !!! Et il y a parfois des rencontres sans mots et plus touchantes encore -souvent lorsqu'on décide de se reposer plus au calme, en pleine campagne- comme la visite de ces deux femmes travaillant au champ venues nous observer à une dizaine de mètres : je m'approche, on se salue, elles dégagent leur voile bariolé pour me dessiner un sourire à me couper le souffle. C’est tout, elles et moi on repart, comblées....

b--Dromadaires-sauvages-d--sert-Rajasthan.JPGLa nuit tombe et nous nous retrouvons dans un petit village. On cherche un endroit pour camper –si possible dans l’enceinte d’une école ou derrière la clôture d’une maison pour éviter d’être dérangés- mais les locaux nous disent que ce n’est pas possible. Après avoir fait comprendre qu’il est hors de question que nous payions le prix d’un hôtel pour dormir dans un débarras à bidons undefinedd’huile, cageots de légumes et détritus, qui plus est sans porte devant une foule de curieux venue nous observer, on repart l’air fâché, on se dit qu’on trouvera bien un endroit pour poser la tente, même au risque d’être encerclés toute la soirée par un groupe de badauds, on n’a plus le choix...Par chance, nous passons devant une école d’état qui accueille des orphelins, le directeur vient nous saluer et après lui avoir expliquer que nous cherchons un endroit pour passer la nuit, il nous propose de dormir dans le bureau du précepteur du village : on passera une délicieuse soirée à partager nos vivres et nos expériences, le principal était extrêmement curieux, nous posant des dizaines et dizaines de questions sur notre mode de vie.

Les jours suivants une turista fracassante me clouera au lit pendant trois jours, nous obligeant à rester à Jodhpur, la ville bleue, trois jours de plus que prévu. J’en profite pour dévorer les récits d’autres voyageurs à vélo ou sac à dos qui nous décident à prendre la direction de Ranakpur. La route qui mène aux temples jaïns depuis Sadri est très rafraîchissante, nous progressons sous des arbres gigantesques aux racines tentaculaires et immenses branches où se divertissent de grands singes blancs à face noire et longue queue.

undefinedNous sommes accueillis dans le dharamsala du temple où l’on peut dormir pour 10 roupies (15 centimes d’euros) et manger pour 20 roupies une délicieuse nourriture conforme aux préceptes jaïns de non-violence. En effet, ces derniers, en plus d’être végétariens, ne mangent pas de légumes qui poussent sous terre afin de ne pas tuer d’insectes en les récoltant.. De même, selon un adepte avec qui nous avons sympathisé, il est interdit de se nourrir après le coucher du soleil, pour ne pas risquer dans la pénombre d’avaler des aliments interdits ou des insectes par erreur. Certains ascètes, qui portent une longue robe blanche, mettent un tissu sur leur bouche pour ne pas respirer ou avaler d’insectes et d’autres se sont même paraît-il laisser mourir de faim pour ne pas nuire à quelque autre forme de vie.undefined

Le lendemain nous visitons le sanctuaire et sommes éblouis par la beauté des temples tout  en marbre blanc gravé et sculpté, posés au milieu d’une nature verdoyante et paisible. Nous quittons avec mélancolie ce lieu d’une sérénité remarquable mais nous sommes très vite à nouveau comblés par la beauté de la route qui nous mène à Udaipur. Après plusieurs centaines de kilomètres de plat, c’est un vrai plaisir que de gravir la seule chaine de montagnes du Rajasthan au milieu des undefinedsinges et des perroquets.

Udaipur, jolie ville touristique bâtie autour d’un lac et habitée de palaces somptueux, sera l’occasion d’une journée de repos. Pour la suite, après avoir observé que nous ne pourrons pas tout pédaler jusqu’à la pointe sud de l’Inde avant l’expiration de nos visas et aussi que ce serait bien sympathique de passer Noël au bord de la mer, nous décidons de prendre un bus vers Bombai et continuerons notre route le long de la mer d’Arabie.

Estelle

 

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vero 07/01/2008 21:27

Une trés trés bonne année à vous 2 !!! le meilleur pour 2008 !!! avec encore plein de découvertes, j'en doute pas ...l'Inde riche en sensations, je ne m'ennuie pas de vous lire dès que le tps me le permet et qu'une petite envie d'évasion me prend. Vos récits donnent à réfléchir ...(et j'trouve que c'est super bien écrit, retranscrit !!!)
Gros gros bisous

jerome delaitre 07/01/2008 17:16

Salut a vous,je vous souhaite une exellente année, bcq de courage,votre récit est tjs aussi sympa.Pour ma part tout va bien,il y a de plus en plus de boulot chez campbell,nous parlons souvent de vous a chaque réunion et notament entre collégues,je t"envoi un grand bonjour de tous le monde a bientot jerome

Anne-gaelle Fonitcheff 07/01/2008 10:40

Salut les cyclistes. Merci de votre carte postale. Je vous souhaite de vivre 2008 dans un bain d'amour, de découvertes et de bonne santé. Et comme le dit si bien William James: "laissez tout ce que vous faites se faire comme si cela faisait une différence." Je crois que c'est déjà en partie accompli ! Continuez !!

maud 05/01/2008 19:27

Bonjour les amis,
Je voulais vous souhaitez une bonne et heureuse année 2008!
Tous mes voeux de bonheur!
Bonne continuation pour cette grande aventure que je suis toujours avec autant de plaisir.
Des bisous,
Maud

marion 05/01/2008 15:19

coucou les amis,
j'ai bien pensé à vous ces dernieres semaines, et hier en passant devant la coursive...;-)
je vous envoie tous mes voeux pour cette nouvelle année, espérant qu'elle vous menera a bon port... je vous souhaite plein de bonheur et de découvertes fantastiques...
je pense bien a vous,
des bisous

marion