Jungles et plages

Publié le par Tanchovic

Apres un joyeux et chaud noel à Bombay dans un resto chinois, c'est dingue ce qu'on se sent comme à la maison dans un resto chinois, nous sommes enfin ou malheureusement arrivés à bout de l'état du Maharastra dont les guides distillent peu d'informations.
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Bye bye Bombay et ses nuages de pollution




OUha trop fort de la Vache Qui Rit Merci Petit Papa Noel
Notre délicieuse solitude de ces dernières semaines, les routes sans traffic. la pollution plus discrète, les klaxons moins nombreux, les dizaines de kilomètres de plages de sable fin dépourvues d'hôtel et de 
touriste, des villages de pêcheurs isolés, des marchés aux poissons séchés, des forêts de bananiers et de cocotiers, la terre rouge et poussièreuse des vergers  de manguiers en fleurs... et nous, seuls blancs au milieu de toute cette verdure luxuriante, toute cette quiètude a un prix : des routes ou l'asphalte brillante et lisse comme le crâne de Jean Pouget sont bien rares dans ce véritable labyrinthe de pistes crevassées dont la poussière rouge englue nos chaînes à vèlos et colle à notre sueur dégoulinante (les températures sont supérieure à 35° en journée).
Marche aux poissons seches
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Ca bosse dur sur la route

De plus. la route se divise trop souvent en patte d'oie, alors à droite ou à gauche ? Pas de trace de ces bifurcations sur  une seule de nos trois cartes, une atlas routier indien en anglais, une carte en hindi, une carte allemande Reise de l'Inde du Sud.
Je crois qu on est pas perdu, quoi que...
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Mais nous ne sommes jamais seuls dans cette jungle et en questionnant les locaux, nous recueillons généralement suffisamment d'informations pour les recouper et choisir la bonne route vers le sud, au plus près du bord de mer.
Sauf ce 26/12 ou après 70 kilomètres d'effort, nous nous retrouvons à 25 kilomètres de notre point de départ mais au Nord Est...
Régulièrement la route s'arrête aussi devant les eaux car de nombreux bras de mer rentrent dans les terres tirant derrière eux des langues de sables. Pour éviter de longs détours quand il n'y a pas de pont, nous embarquons sur les bateaux ou les barques des pêcheurs souvent sans attente et pour une poignée de roupies.

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Mais pas toujours, à Syndudhurg par exemple, suite à un quiproquo de plusieurs heures avec tout le village, nous avons dû patienter à l'ombre de notre incompréhension, "y'a un bateau dans une heure, "non à 14h", "15h", "16h", "y'a plus de bateau, la marée est basse", "demain 7h30", "c'est 20 roupies dans 5mn", "c'est 350 roupies", puis finalement à 17h, on embarque sur un bateau pour 10 roupies par personne... va comprendre, tout est normal, on est content de traverser, ils sont contents de nous emmener, on se sourit, on paye et "tata" ("au revoir").
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Et il faut pédaler encore et toujours. alors certes notre plus haut sommet dans cet état s'établit à 295m mais ceux-ci s'enchaînent plusieurs fois 
Le bebe dort pendant que maman construit des routes

par jour et passer de 0m à 100m ou 150m toute la journée sur des côtes entre 10 et 15% met à rude épreuve nos mollets et les vélos. Surtout quand les routes pour descendre sont tellement abimées qu'on ne peut pas dépasser les 20km/h sans rester debouts sur les pédales, bien accrochés au guidon pour slalomer entre les trous, les doigts crispés sur les gachettes à freins.
Et notre moyenne kilomètrique s'effondre passant de 18 à 20 km/h dans Le Rajhastan à 12 13km/h dans le Maharastra, nous pédalions 80 à 130 km/jour, nous ne dépassons presque plus les 50km.
Et toujours cette chaleur qui nous fait boire plus de quatre litres d'eau par jour/personne qu'on filtre avec la pompe tous les jours.
Alors nous apprécions pleinement la baignade du soir sur ces plages désertes, peuplées seulement de chiens errants qui attendent le retour des pêcheurs pour s'empiffrer de poissons qui tombent des filets.
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Nous vivons avec ce nouvel univers tropical et notre équipe de deux ou de quatre (nous avons roulé pendant une semaine avec un couple de Suisses jusqu'à ce que des complications digestives les obligent à prendre un bus), adopte les réflexes de ce nouveau quotidien: arrêt à chaque carrefour, interview des motards du moments, décryptage des pancartes en hindi, recherche d'un toit pour la nuit avant le coucher de soleil, et baignade le soir pour fuir les moustiques.
Comme souvent, nous faisons face au flou de notre décodeur de cycliste occidental qui peine à déchiffrer cette réalité.
Pourtant, un schéma semble se répéte.
La situation est simple sur le papier, nous pédalons du Nord vers le Sud en restant au plus près de la côte.
Mais dans la réalité. nous rencontrons de nombreux impondérables que nous ne savons comment interprêter, simple imprévu ou manque d'information, obstacle du destin éprouvant notre résistance ou simple consèquence d'une mauvaise décision...on doute, on se parle, on jure, puis on se tait et on pédale parce que c'est fatiguant de s'énerver quand il fait chaud.
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Perdus dans notre brouillard, on peut avoir tendance à déséspérer devant l'indigestion des points d'interrogations mais finalement, peu importe si ce pont n'est pas terminé, si la route est inexistante sur la carte ou sur le terrain, si un village est inhospitalier, si les gens se contredisent dans leurs explications, si les bornes kilomètriques ne sont pas fiables, si nous n'avons plus de rustines, si la nuit tombe, car nous ne sommes jamais en danger, nous avons notre tente pour dormir, la pompe pour filtrer l'eau, la famille et les amis qui pensent à nous comme nous pensons à eux, nous sommes ensemble à deux, tout ceci n'est que petits obstacles et on sent au fond de nous une débordante envie de rouler, d'avancer, de découvrir et de partager.
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C'est souvent dans ces moments après un abbattement passager et que nous n'attendons plus rien, ou peut être quand notre cerveau fatigué arrête de réfléchir et de mouliner pour rien acceptant sans lutter l'imprévisible que l'Inde ou le Hasard  nous surprend.
C'est un homme qui accepte de nous héberger gratuitement sans avoir besoin d'argumenter alors que nous venons d'essuyer des dizaines de refus dans le même village, c'est un riche homme politique en repos dans sa villa qui nous offre le gîte, un repas succulent et de la liqueur de noix de cajoux alors que la nuit tombait et que 74km d'effort ne nous avait pas permis d'ateindre le repos escompté, c'est un bateau qui nous emporte à moitié prix alors que quatre heures d'attente nous avaient convaincus que nous étions bloqués sur cette berge pour la nuit, c'est un bungalow paisible au bord de la mer ou nous nous laissons bercés par le murmure des vagues et le chant des oiseaux alors que nous baignions depuis le début de notre périple indien dans un brouhaha continu, c'est un indien qui nous extirpe d'une soirée de nouvel an un peu trop chaude pour nous accompagner dans une soirée ou nous ne serons plus le centre d'attraction.undefinedundefined

Mais le Maharastra et sa tranquilité sont derrière nous depuis hier, nous venons d'arriver dans l'état de Goa ou sur la Côte d'Azur, enfin on est plus très sûrs, l'endroit est rempli de touristes blancs et les enfants indiens redemandent a nouveau de l'argent, les filles sont en bikinis et roulent en scooter, mamie danse du shivarna seule sur la plage et Jean-Claude pratique le Tai Chi au coucher du soleil, pour 10 euros on vous fait des dreadslocks, alors on se dit en arrivant qu'on a pas envie de tout ça, que c'est pas l'Inde qu'on veut voir.
Et puis on boit une bière les pieds dans le sable, les tarpes tournent à la terrasse des café, on se détend très vite et on se sent rapidement à l'aise, dans cet agrèable bain de miel gluant.
Home green home
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Voilà un autre visage de l'Inde, comme les autres nous ne l'avons pas choisi, comme les autres nous l'avons repoussé avant de se laisser charmer.
Alors on se prend quelques jours de repos entre de longues plages internet, un cocktail à la main et de la trance goa dans les oreilles.
J en profite pour reparer les velos, changer les freins, nettoyer pignons et chaines en suivant les conseils de Jean-Christophe de Veloland.
Bonne annee a tous et vive les imprevus.
Christophe

Goa devant, superbe, cocktail a la main
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Goa, derriere.

Publié dans Inde

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Celeol 14/01/2008 19:45

Brouhh ! que d'émotions ! on se trompe où l'inde n'est pas le pays le plus reposant que vous ayez traversé ? en tout cas, il a l'air de vous apporter beaucoup de reflexions, même si peu de réponses vous arrivent... Ca nous a fait vraiment chaud au coeur de vous voir en mouvement, de vous entendre, toute barbe dehors sur la vidéo de téléalsace ! bonne pause à goa ! plein de bisous à vous deux