En bouche, une couronne d`odeurs

Publié le par Tanchovic

Connexion super lente, on rajoutera les photos dans les prochains jours.

Dans nos derniers jours de pedalage en Inde, je me demandais comment nous etions arriver a ce seuil de quasi-saturation.
La matinee etait deja bien chaude et nous nous dirigions vers Chennai et ses sept millions d`habitants, en empruntant de longues lignes droites paralleles a la mer.
Peu de circulation, pas d`ombre et un petit vent de face qui nous rafraichit legerement mais nous ralentit aussi.
 J`entends alors un grincement derriere nous, non c`est pas le velo d`Estelle qui perd boulons et garde boue, c`est un cycliste indien sur un velo chinois couinant.
Il nous depasse et son odeur de transpiration me laisse suggerer qu`il doit etre leve depuis tres tot ce matin. Sur son porte bagage arriere, une grande caisse en plastique bleue est recouverte d`une vieille couverture, le tout est attache avec une chambre a air.
Et la caisse goutte. Je devine tout de suite ce qu`il transporte: c`est du poisson, au dessus du quel doit se trouver un glacon qui fond. 
Voila pourquoi il est si presse comme ses colleges si nombreux a quitter les ports de bon matin pour aller livrer la peche du jour dans les villages et les restaurants de l`arriere pays.
Mais leurs caisses ne sont jamais hermetiques, si bien que la route est impregnee de ce jus de peche, melange de poissons et de fruits de mer, et durant la journee, le macadam chauffe et le jus s`evapore et les odeurs remontent au nez, donnant l`impression de pedaler dans une grande marmite de bouillabaisse un peu datee.
Avancer sur cette plaque chauffante de macadam est l`occasion d`un voyage dans le monde des odeurs et sa "subtile" cuisine.
Notre lenteur de cycliste est d`ailleurs propice a cette decouverte en laissant nos narines poussiereuses humer ce bouquet fleuri.
Car les animaux sont nombreux sur les bords de route et chacun nous invite a decouvrir ses particularites: a l`acidite de la bouse repond le piquant des biquettes, l`urine d`homme est plus forte et plus envahissante, un peu ecoeurante aussi.
Ici, ce sont des vendeurs de fruits et le parfum des bananes et de l`ananas dominent un moment les effluves precedentes, dans deux mois, ce seront les mangues.
Mais qui dit fruits, dit vaches (elles ont pour activites de nettoyer les rues des invendus du marche), et qui dit vaches dit...
 Puis on passe a cote d`un atelier de sculpteurs et l`haleine de la pierre nous fait voyager vers le granit des Vosges ou on s`amusait enfant a taper ces caillous l`un contre l`autre pour faire des etincelles.
C`est ensuite un atelier de "faiseurs de grillages", et l`odeur de la poudre laisse place a celle des metaux et de l`arc a souder, on en a presque le gout en bouche.
A chaque echoppe son odeur, les boucheries, enfin je veux dire, "les echoppes a decouper des animaux dans la rue" couvrent les relents de la viande avec des encens aux fragrances lourdes et chargees. 
N`oublions pas que ce theatre des parfums se joue au bord de la route, alors les pots d echappement mal regles, la poussiere et les feux de dechets plastiques (une variante du recyclage) viennent decorer de leur chantilly etouffante ce plat d`effluves des rues.

Et toutes les odeurs s`imposent a nous.

La pire, la seule qui nous oblige a expirer quelques secondes, le temps de depasser l`origine du phenomene, c`est celle des cadavres des animaux, principalement des chiens, renverses par les vehicules et dont la carcasse, invisible a nos yeux -enfin pas toujours..., pourrit dans un fosse en attendant d`etre nettoyee par les corbeaux.

Voila pourquoi peut etre nous en arrivons a ce seuil de saturation car nos cinq sens sont chacun soumis au meme deferlement, presque jusque dans notre sommeil.

Notre univers habituel plus propre, ou plus aseptise selon les points de vue, ne nous a pas eduques, faconnes ou endurcis a cet environnement, enfin disons que nous n'y etions pas prepares, malgre nos precedents voyages en Inde -je ne savais pas que la vitre d`un bus pouvait etre si epaisse...

Maintenant, nous emportons ce pot pourri de souvenirs dans notre besace, nourriture a reflexions pour les prochains kilometres.

Mais l`Inde reste avant tout pour moi, ces travailleurs le long des routes.
Leurs muscles sont tendus sous l'effort pour creuser avec des bouts de pelles de nouvelles voies aux automobilistes, ils sont transpirants de poussieres sous ce soleil assomant.
A notre passage, leurs tetes se levent, d`abord sombres et fermees, on claque alors un "bonjour", un "hello", un "namaste" et ces visages s`eclairent d`un large sourire et nous sourions a notre tour, on echange quelques gouttes de sueurs et chacun retourne a ses occupations.

On se dit a ce moment qu`on devrait compter nos journees en sourires plutot qu` en kilometres et l`on remercie nos bicyclettes qui nous rendent si vulnerables car c`est cette vulnerabilite qui attire la sympathie, la curiosite et le sourire.

Mais l`Inde est deja loin dans nos tetes meme si nous sentons encore son ifluence chez son voisin.
Nous sommes maintenant depuis une semaine au Nepal et on se sent a la campagne, tout est plus calme, plus doux, moins pollue...

Apres six cents kilometres dans la vallee du Terai et une chasse aux tigres et aux rhinoceros dans le parc de Bardya (vous saviez qu`on pouvait trouver des pythons, des crocodiles, des pandas rouges, des leopards, des tigres, des rhinos, des elephants, des antilopes et tout pleins d`oiseaux de toutes les couleurs au Nepal?), nous sommes rentres hier dans la chaine himalyenne, par la vallee du Polo ou du JP (prononcez Jipi), selon les dialectes.

De Buthwal (a 200m d`altitude) on est passe en 40km a 1291m, sauf qu on en avait deja fait 70 -des km-...On a fini de nuit sous oxygene, tractes par le plaisir d`une biere fraiche et d`un lit douillet.

On est enfin dans la montagne, au pied de "la couronne du monde".

Dans deux jours, 120km et quelques cols, on sera a Pokhara face a l`Annapurna et ses 8091m, on espere qu`il y aura alors une bonne piste cyclable pour franchir ce col, ce qui sera une premiere mondiale vu que l`on compte le passer en tongues avec des batons d`encens derriere les oreilles, D`ailleurs attention a la moustache Jean avec les batons d encens sur le velo.

A bientot.
Christophe

Publié dans Inde

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audrey 17/03/2008 21:35

coucou! Nan çà va jsuis pas si crevée et surtout c'est pas le cul sur une chaise que j'vais me plaindre... J'espère que tout va bien, ca me donne bien envie le Népal.. en bus. On se voit en juillet??
Bises
Audrey.

guillaume 17/03/2008 21:33

petit bonjour depuis lyon, en compagnie de audrey qui est trop fatiguée pour écrire ! Profitez en ! j'éspère un jour prendre la route vers l'asie aussi ! Il reste plus qu'à motiver et entraîner audrey pour y aller ensemble !
bon voyage et attention aux 4 roues !
un bicyclettiste