Alors le Tibet?

Publié le par Tanchovic

Le trek s'est terminé à NayaPul. Nous avons alors pris un bus pour rejoindre Pokkhara à quarante kilomètres de là. Nous nous sommes installés sur le toit avec les sacs, et avons étét rejoints par deux Tibétains qui rentraient au camps de réfugiés de Pokkhara (le Nepal accueille les réfugiés Tibétains, ils sont parfois logés dans de tels camps). Ils vendent des bijoux dans la rue comme beaucoup de leurs compatriotes, et gagnent au maximum cinquante euros par mois. N'ayant pas la citoyenneté népalaise, ils peuvent difficilement trouver du travail ou alors des emplois très peu payés, par exemple dans des petits restaurants pour vingt euros en moyenne par mois. Ils comprennent qu'on n'achètera pas, en tout cas pas maintenant et on discute de leurs vies, de notre voyage. Ils racontent leurs difficultés à vivre, mais toujours le sourire au lèvres. "C'est marqué sur mon front que je suis un réfugié tibétain", nous dit l'un deux, "même si je suis né au Népal, je n'aurai jamais de passeport, alors c'est difficile de tenter sa chance ailleurs, dans un pays riche..."

 

-"Tout le monde vend des bijoux maintenant. Les affaires sont moins bonnes, les meilleurs mois, on gagne 50 euros"

 

- Nous: "Et vous avez d'autres idées pour gagner de l'argent?"

 

- "Non, parfois on devient fou en pensant au futur..., mais on est heureux d'être ici au Nepal", "Je prie tous les jours pour mes frères au Tibet".

 

- "Les J.O.?", nous disent-ils, "c'est une affaire personnelle, moi je suis persuadé que l'argent servira à financer l'armée, les missiles et que les droits de l'homme ne seront pas plus respectés".

 

Le bus fonce sur cette route abîmée et sinueuse, il faut se cramponner au porte-bagage du toit. Puis ils nous posent des questions sur la France, le mariage, notre société moderne et "hightech", les relations avec les filles, le divorce, qui semblent décidément tellement les choquer.

 

On les regarde avec leurs sacs plein de bijoux, on repense aux articles de journaux, aux images télé, à toute la valise médiatique qui entoure le "Free Tibet". Et là, on est face à ces deux hommes tout souriants, toutes ces informations prennent alors un visage humain, on se sent beaucoup plus concernés, personnellement, on se sent touchés par leurs souffrances souriantes, plus qu'on ne pourrait jamais l'être en lisant une bibliothèque entière sur le sujet. Boycott? Manifestation? Pétition? Tout cela semble si loin, si intellectuel, quand on les regarde et quand on les écoute, et pourtant ces actions sont aussi nécessaires.

 

On arrive devant le grand temple bouddhiste de Pokkhara,. Ils descendent du bus et on se souhaite à chacun le meilleur pour le futur. On les espère aussi ravis que nous de ces deux heures passées ensemble, cheveux au vent et à cœur ouvert.

 

De notre côté, au moment présent, nous ne pensons pas que nous boycotterons les Jeux Olympiques et qu'ils peuvent être une caisse de résonance médiatique, pour faire changer la situation, mais seulement si public et sportifs agissent, -pour ces derniers en refusant les médailles par exemple-, car la Chine reste soucieuse de son image médiatique. Mais elle ne trouve pas d'intérêt à négocier, effrayée peut-être que la situation déborde sur les autres régions où couvent des revendications identitaires: chez les Ouïgours du Xinyiang, ou les Mongols de Mongolie intérieure.

 

Mais nous gardons aussi en tête que ce déferlement médiatique contre la Chine alimente le "concept de la chèvre de Monsieur Seguin": "Regardez chers concitoyens à quel point le gouvernement chinois bafoue les droits humains, c'est bien pire dans ce pays que chez nous, alors réjouissez-vous de vivre ici. Votre liberté consentie et mesurée par l'État est gage de votre bien-être et de votre sécurité."

 

Bon, et nos vélos dans tout ça ? Eh bien, à moins d’un miracle, ils ne passeront pas la frontière népalaise (enfin ni nous d’ailleurs). La frontière-nord de la Birmanie étant également fermée, il ne nous reste plus qu’à survoler le Tibet pour rejoindre la Chine.

Nos deux amis cyclistes allemands Sven et Judith sont dans la même situation que nous et on compte se rendre ensemble à Kathmandou.

 

En attendant ce soir à minuit c’est le Nouvel an népalais, et nous serons en...2065.

Alors que lors de notre périple iranien, le calendrier persan indiquait l’année 1387, nous faisons maintenant fait un bond dans le futur, à croire que nos vélos sont également des machines à voyager dans le temps...


C. et E.

Publié dans Népal

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S
ou est ma video???
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