Vive le bush
Nous sommes arrivés le 4 septembre à Darwin, le douanier, tout en scrutant les chaussures et les sacs des arrivants, nous accueille avec un « how are you doing mate ? » et un grand sourire.
Nous dormons quelques heures dans un coin de l’aéroport en attendant le lever du soleil.
Et le soleil se lève, il est 7h30, on enfourche les vélos, direction le centre ville à douze kilomètres.
8h du matin, c’est déjà la fournaise, le ciel est très bleu, la terre est rouge et sèche, les eucalyptus forment les forêts.
On se trouve d’abord un lit dans l’un des nombreux hôtels à backpackers de Darwin.
Puis on passe un coup de téléphone à Jack, le manager d’Adelaide River Inn, un hôtel-restaurant-station-service-pub sur la Stuart Highway.
C’est un plan que nous ont refilé deux motards suisses croisés en Malaisie qui ont travaillé là bas. Le complexe se trouve à 130km dans le sud de Darwin, c’est 18$AUS de l’heure, soit 12€ (enlever un tiers pour avoir les prix en €uro). Ce qui est surtout intéressant c’est qu’on est nourris-logés pour seulement 80$ la semaine, ce qui n’est pas négligeable au vu des prix pratiqués dans les supermarchés (1 kg de tomates à 6$AUS, la canette 33cl de bière à 2,5$AUS… la vie est chère).
Jack, le manager, a reçu notre email, c’est d’accord pour qu’on commence la semaine suivante.
Reste à effectuer les démarches nécessaires pour travailler légalement en Australie pendant un an : faire coller notre visa vacances-travail sur notre passeport à la préfecture, obtenir un numéro de téléphone et d’imposition, ouvrir un compte bancaire et demander une carte de retrait.
Cela ne nous prendra qu’une petite après midi.
L’Australie est un pays de voyageurs, ouvert à l’immigration, toutes les démarches administratives sont simples et rapides.
Il ne nous reste donc plus qu’à profiter de ces quelques jours avant de travailler en tant que barman, caissier, pompiste, plongeur, commis de cuisine, femme de ménage…
Chaque soir, les autres voyageurs de la guesthouse rentrent du travail avec un pack de bière pour un apéritif piscine et enchaînent le lendemain. Ils économisent juste suffisamment pour faire le plein d’essence de leur van et rouler jusqu’à la prochaine ville, trouver à nouveau un job et enchainer jusqu’à faire le tour de l’Australie (16000km).
La ville est remplie de vans aménagés, caravanes, camping cars, parfois la planche de surf sur le toit.
A la nuit tombée, ils partent tous se chercher un coin pour dormir, il est interdit de dormir en ville dans sa voiture, la police rôde et peut aligner des amendes.
Après quelques jours de fête, il est temps pour nous de reprendre la route pour pédaler deux derniers jours avant une longue pause de plusieurs mois.
Party a la Geckolodge.
Nous partons un peu tard, en fin de matinée.

La chaleur est terrible, le soleil est mordant, il brûle la peau (l’Australie détient le plus haut taux de cancer de la peau au monde).
Direction le sud.
Une fois sortie de la ville, les premiers « road trains » nous dépassent, ce sont de gros camions américains tirant trois à quatre remorques, on entend de loin le bruit des moteurs rugissants, s’ils klaxonnent il faut sortir de la route, sinon on sert sur le côté, on garde la trajectoire et ils nous doublent à plus de 100km/h (vitesse limitée à 130km/h sur les nationales dans la région du Northern Territory, les lignes droites peuvent s’étaler sur plusieurs dizaines voir plusieurs centaines de kilomètres).
Et ça peut être long, un road train.

Avec la réverbération sur le macadam, le thermomètre affiche 48 degrés, on consomme plus d’un litre d’eau par heure.
L’air est tellement chaud et sec, que nous devons boire quelques gorgées toutes les cinq minutes, la sueur s’évapore avant de pouvoir former des gouttes, ne laissant que des traces blanches de sel sur la peau.
Après soixante-dix kilomètres, nous posons notre tente sur la verte pelouse du camping des Acacias, à moitié cuits.
Le lendemain, au bout de trente kilomètres et malgré une régulière hydratation, je sens une soudaine baisse d’énergie et des débuts de crampes abdominales et dans les triceps.
On s’arrête, on mange, on boit, c’est dur. Il ne reste plus que trente kilomètres.
Les 48 degrés seront dépassés le temps de traverser les restes d’une forêt dont les cendres fument encore.

On est obligé de se concentrer sur le mouvement du pédalier, bien dérouler les jambes pour ne pas forcer et attraper une crampe, garder un rythme régulier.
De longues lignes droites.
Nous croisons un autre cycliste, il vient de Perth à plus de 4000km, c’est un irlandais à la barbe rousse et au visage rouge écarlate, il tourne à la boisson isotonique.
Nous ferons la pause ensemble sur la terrasse de l’Adelaïde River Inn, le temps de boire quelques litres de Sprite, il continue vers le sud.
Nous entamons maintenant notre troisième semaine de travail, l’équipe est très sympa, composée de locaux et d’autres voyageurs.
Pendant notre journée de congés hebdomadaire, on part à la pêche avec les mineurs résidents à l’année (une mine de cobalt est en exploitation à quelques kilomètres d’ici) en prenant soin d’éviter les crocodiles qui pullulent dans la région.
Tôt le matin, on part parfois courir dans la forêt, on voit régulièrement des biches détalées au loin, bizarrement, en Australie, elles ont une longue queue et sautillent sur leur pattes arrières, j’avais jamais vu ça, la chaleur certainement.

Notre chambre est climatisée, la piscine est au bout de la terrasse.
Tout va pour le mieux.
Et la suite ?
Nous sommes perdus dans le bush australien, et quelque soit la direction que nous prendrons, nous devrons traverser un désert et pédaler sur de longues lignes droites sans point d’eau pendant plusieurs jours. Au vu de notre dernière étape, nous ne sommes pas sûrs de vouloir affronter ces difficultés.
Pédaler ou acheter un van, continuer en bus ou en auto stop, grimper dans la poche d’un kangourou, se télé transporter… vers l’est, l’ouest ou le sud, nous ne savons pas encore, nous profitons pour l’instant de notre confort de sédentaire, de la nature et du soleil (qui est très agréable les deux pieds dans la piscine).
Nous avons le temps de prendre la décision qui s’imposera.

Des cathédrales de thermites magnétiques. Leur spécificité est d’édifier leur construction en orientant les deux façades sur un axe Est–Ouest, Le matin, après une nuit fraiche, elles viennent se poser sur la face Est pour chercher la chaleur des premiers rayons du soleil, puis elles se déplacent sur la façade Ouest quand le soleil chauffe trop fort. Les thermites ne creusent pas leur habitation dans le sol en raison de la mousson.

Les plus hautes constructions peuvent mesurer jusqu’à six mètres de haut et échappent ainsi aux inondations durant la saison des pluies (octobre à février). Les termites qui ne possèdent pas le bon "sens magnétique" ne survivent pas, leur nid étant mal orienté, elles ne peuvent pas se protéger du froid ou de la chaleur en se déplaçant d'une façace à l'autre. C’est la sélection naturelle.

Des termites non magnetiques.
