Un enterrement, un col à 3200m et 100 kms.
Dali, le 07/06/08, 11523 kms pédalés
Nous quittons Leshan et la vie moderne chinoise. Chaque fois que l'on demande notre route, les gens nous avisent du "danger" : le tremblement de terre a semble-t-il fait toujours plus de ravages dans la ville voisine...mais chaque fois nous ne remarquons aucun dégât ni de gens inquiets, on nous met juste à nouveau en garde des risques encourus dans la ville suivante. Pourtant nous nous éloignons progressivement de l'épicentre. On l'a bien compris, ils s'inquiètent trop pour nous...A la télévision sont diffusées en boucle des images de la catastrophe. Aujourd'hui, on recense 70000 décès. Notre séjour en Chine gardera un goût de drame, je roule avec ces effroyables images télévisées en tête, mais aussi celles de l'immense solidarité chinoise.


On décide de couper à travers les montagnes. Chaque jour nous devons gravir un col, pour redescendre...et regrimper à nouveau le lendemain. Nos jambes deviennent vite très lourdes mais on s'habitue rapidement à ces 1500 mètres de denivelé positif quotidien.
Dans la montée du premier col vers Meigu, en fin de journée nous cherchons un endroit pour poser la tente, mais la vallée est trop étroite. Nous apercevons une petite maison et demandons d'utiliser le jardin, mais la famille nous invite chaleureusement à dormir chez eux. On partage le repas (énormes morceaux de porc grillés, pain à la vapeur et petits pois) dans la cuisine, noire de fumée, et qui sert aussi de poulailler et de niche à chiens. Une soirée authentique mais ça reste dur de communiquer.


Le premier col franchi (nous sommes alors à l'abri d'un quelconque barrage qui voudrait s'effondrer), les visages et les tenues changent progressivement, nous sommes en territoire peuplé de Yi.
Les Yi représentent la septième plus grande minorité ethnique des 56 groupes minoritaires officiellement reconnus par la Chine (les Yi étaient 7, 8 millions au recensement national de 2000).
En réalité cette ethnie comprend de nombreux sous-groupes disctincts (Nisu, Nasu, Sani, Axi, Lolopo, Pu) qui parlent des dialectes différents et ce groupe "Yi" n'est qu'une catégorie de classification utilisée par le gouvernement mais qui ne reflète pas la diversité culturelle de ces peuples. Les Yi vivent principalement dans les milieux ruraux et montagneux des provinces du Sichuan, Yunnan, Guizhou et Guangxi.
Sur la route nous menant à Xichang, nous tombons par hasard sur une grande célébration Yi. On nous invite à boire de la bière, manger du porc et exploser des pétards. Les femmes portent de magnifiques habits traditionnels. On s'arrête plusieurs heures pour partager ce moment de fête avec eux, même s'il nous est impossible de comprendre ce qu'ils sont en train de célébrer. On essaie en vain de leur poser des questions, mais on n'arrive pas à se comprendre, alors on rigole et on continue à manger et boire, jusqu'à ce qu'une vieille dame s'approche de nous. Elle nous invite à reprendre de la nourriture. Elle prend la main de Christophe. Elle veut lui montrer quelque chose. Très surpris il la suit vers la petite maison à cinquante mètres, où l'on avait vu plusieurs personnes faire de nombreux allers-retours. Christophe imagine que ce doit être la cuisine mais lorsqu'il franchit la petite porte en bois, ce qu'il voit n'a rien à voir avec ça : un vieil homme sans vie est allongé sur un lit, avec une douzaine de munitions autour du cou, son dentier flottant dans un sac plastique à sa droite et plein de bouteilles d'alcool posées près de lui. Il semble être une personne de haute importance, peut-être le chef du village, au vu du nombre de convives. En tout cas la collection d'objet disposés à son chevet laisse deviner qu'il ne s'ennuiera pas là où il va...
On comprend alors ce qu'on n'avait pas réussi à deviner tellement l'ambiance était festive et joyeuse. Nous fêtions depuis trois heures les funérailles du vieil homme en mangeant le porc sacrifié pour maintenir les relations avec l'esprit défunt, comme nous le lirons plus tard.
Les Yi croient en l'esprit en général et à de nombreux bons et mauvais esprits et vouent un culte important aux ancêtres ainsi qu'à la nature. Ils pratiquent en fait une sorte d'animisme, sous l'autorié d'un shaman.

Après cette pause assez surréaliste, nous reprenons tranquillement la route dans l'idée de retrouver à mi-chemin, d'ici dix ou quinze kilomètres, Sven Judith et Hannes (les cyclistes allemands rencontrés plusieurs fois sur la route et avec qui nous avons randonné au Nepal). Nous nous étions quitté à Kathmandou, ils ont du partir pour Hong-kong pour obtenir leur visa chinois, mais il se trouve qu'on avait l'occasion de se croiser à nouveau. Ce matin-là ils quittaient Xichang et roulaient dans notre direction.
On pédale doucement, on a déjà pas mal grimper, mais on ne sait pas encore ce qui nous attend. A chaque virage on se dit que ce doit être le dernier...mais non, ça continue encore et encore.
On est en fait en train de grimper un col de 3200 mètres d'altitude et c'est encore 1500 mètres de denivelé que nous effectuons péniblement. Arrivés en haut avec la joie d'avoir gravi notre plus haut col à vélo, toujours pas de Sven, Judith et Hannes. On se dit qu'ils doivent être restés à Xichang, on décide de continuer jusque cette ville. En fait (nous l'apprendrons quelques jours plus tard par un message Internet) ils sont arrivés avant nous en haut du col et ont décidé de planter la tente dans un champs, en nous laissant un signe sur la route. Mais nous ne l'avons hélas pas vu.
On arrive à Xichang, complètement épuisés après "un enterrement, un col à 3200 mètres et 100 kilomètres pédalés", dure journée !!!


Les enfants sont débrouillards
Après Xichang, on décide de couper à nouveau dans la montagne, un petit col et une belle petite route asphaltée nous amènent sur un petit plateau de quelques dizaines de kilomètres.
La nuit tombe doucement et nous arrivons dans un petit village appelé Ba Kha -ou quelque chose comme ça-. On demande à planter la tente mais une jeune fille qui parle anglais nous propose de loger gratuitement à l'hotel de son oncle. Nous acceptons l'invitation et en attendant la famille on enchaîne quelques parties de billard avec les locaux. Expérience aussi surréelle. Ce qui ne devrait plus nous étonner c'est de voir partout des téléviseurs, des portables ou même des tables de billard en pleine campagne, alors qu'il n'y a même pas l'eau courante!!!
C'est aussi l'occasion d'expérimenter ce que sont des « vrais latrines ». On en avait vu des toilettes dégoûtantes, -certaines méritant une place dans le top 10 des toilettes les plus immondes de la planète-, mais des comme ça jamais! : un trou de quatre mètres carrés et d'un mètre de profondeur (un trou plein, bien sûr, plein à ras bord !), avec une petite rigole pour évacuer le surplus, quatre planches qui tiennent en équilibre et une magnifique collection de toutes sortes de vers et d'asticots qui font leur travail tout en se battant en duel, ah la nature est incroyable!!! Mais devant ce spectacle, ce qu'il ne faut pas oublier, c'est surtout surtout ne pas glisser !

Le matin suivant, on prend une petite route qui doit nous amener à Ning Lang dans la province du Yunnan, mais elle se révèle être une très mauvaise piste, pleine de gros cailloux, et en plus ça grimpe! Nous devons donc pousser les vélos et au bout de trois heures, on n'a fait seulement quinze kilomètres. En plus des cols à répétition qui nous ont retardé ces derniers jours, cette route nous fait désespérer, la perspective d'arriver au Laos avant l'expiration de nos visas s'envole doucement en fumée, ou plutot en sueur. Mais bon, on continue et on se dit qu'on verra bien, tout dépend de l'état des prochaines routes.

Chaque jour nous faisons de superbes rencontres.
Dés qu'un Chinois parle anglais, il vient nous saluer, discuter ou même nous inviter à manger ou dormir. A Meigu, ce sont de jeunes lycéens qui nous offrent des biscuits et nous invitent à manger chez leur ami restaurateur. A Hexi de jeunes écoliers viennent frapper à la porte de notre chambre nous apporter des petits pendentifs et échanger quelques mots...
Nous comprenons que la plupart de Chinois sont très hospitaliers et accueillants mais qu'ils n'osent pas nous approcher lorsqu'ils ne parlent pas anglais.

Sur la route vers Lijiang, après cinq crevaisons (notre record sur une journée) sur une mauvais route pavée, nous rencontrons un policier en civil du nom de Gang, qui revient ensuite en uniforme pour nous proposer de dîner ensemble lorsque nous serons arrivés à Lijiang. Gang appartient à la minorité Naxi, autre groupe minoritaire, de descendance tibétaine. Environ 300 000 Naxis vivent dans le Yunnan, principalement dans les préfectures de Lijiang et Diqing. Leurs religion et culture sont appelées Dongba, du nom de leurs anciens prêtres.
Une de leur spécifité est leur écriture qui est un système hiéroglyphique qui comprend 2000 caractères originels. Comme en Egypte ancienne, un caractère équivaut à un mot. La plupart du vocabulaire concerne la vie ancestrale des Naxis dans les domaines de l'agriculture, de la guerre et de la religion.
Une autre spécifité est la place de la femme et la survivance d'une société matriarcale chez les Naxis de la région de Yongning. Les femmes vivent avec leur frère et n'ont pas de partenaires fixes. Les hommes viennent les visiter la nuit et ils entretiennent des relations libres. En général, les enfants ne connaissent pas leur père. Pour les Naxis les caractères héréditaires sont transmis par les femmes.
L'ancienne ville Naxi de Lijiang est devenue un lieu très touristique. Toutes les maisons traditionnelles se sont transformées en boutiques, souvent tenues par des Naxis.
La plupart des touristes sont chinois, ce qu'on apprécie beaucoup, car, contrairement à l'Inde ou au Nepal, nous ne sommes pas la cible privilégiée des commerçants, les Chinois dépensent bien plus que nous!
Nous rejoignons Gang en fin de journée. Il parle très bien anglais. Il rêve de devenir guide touristique mais ses parents ont préféré qu'il intègre la fonction publique. Il veut économiser de l'argent et retourner à l'université étudier les langues étrangères. Il nous invite à partager un repas traditionnel Naxi: pommes de terre, riz et viande cuits ensemble dans un pot en terre, du choux au vinaigre, une soupe de légumes et des nouilles d'haricots rouges très très pimentées.
Après deux jours de repos à se balader dans les petites ruelles pavées de Lijiang et à végéter dans le parc, nous nous remettons en selle pour Dali sous un ciel très sombre.
Nous avons un très mauvais temps mais la route est bonne et "presque plate". On arrive très vite à destination mais avec encore cinq crevaisons en route.
A Kathmandou, nous avions changé deux pneus, le mécanicien nous avait dit qu'on pouvait faire largement encore 3000 kilomètres avec les deux derniers, on pensait donc pouvoir arriver jusqu'à Bangkok. Or sur ces derniers 1500km en Chine, on crève en moyenne une fois a deux fois par jour. On a rajouté un fond de jante, une semelle spéciale à l'interieur du pneu, des nouvelles chambres à air, on a lavé les pneus et les chambre à air à l'eponge et à l'eau. Rien à faire, ça continue a crever, nos pneus sont trop usés.
A Dali, on se met alors à la recherche de nouveaux pneus mais impossible de trouver des pneus de 28 pouces, que du 26 pouces, ou alors du 28 mais de très très mauvaise qualité. On pense un moment en commander sur Internet, tout en continuant nos recherches d'une adresse d'un bon magasin de vélo en Chine. Il nous faudra près d'une semaine pour trouver le matériel et nous le faire livrer (d'un fournisseur de Kunming).
Nous sommes enfin parés pour repartir. Il nous reste 10 jours de visa et 1000 kilometres à pédaler avant la frontière laotienne. Ces prochains jours vont etre difficiles, on espère pouvoir y arriver sans avoir a faire étendre la validité de nos visas....
Estelle, Dali, le 07/06/08, 11523 kms pédalés

Nous quittons Leshan et la vie moderne chinoise. Chaque fois que l'on demande notre route, les gens nous avisent du "danger" : le tremblement de terre a semble-t-il fait toujours plus de ravages dans la ville voisine...mais chaque fois nous ne remarquons aucun dégât ni de gens inquiets, on nous met juste à nouveau en garde des risques encourus dans la ville suivante. Pourtant nous nous éloignons progressivement de l'épicentre. On l'a bien compris, ils s'inquiètent trop pour nous...A la télévision sont diffusées en boucle des images de la catastrophe. Aujourd'hui, on recense 70000 décès. Notre séjour en Chine gardera un goût de drame, je roule avec ces effroyables images télévisées en tête, mais aussi celles de l'immense solidarité chinoise.


On décide de couper à travers les montagnes. Chaque jour nous devons gravir un col, pour redescendre...et regrimper à nouveau le lendemain. Nos jambes deviennent vite très lourdes mais on s'habitue rapidement à ces 1500 mètres de denivelé positif quotidien.
Dans la montée du premier col vers Meigu, en fin de journée nous cherchons un endroit pour poser la tente, mais la vallée est trop étroite. Nous apercevons une petite maison et demandons d'utiliser le jardin, mais la famille nous invite chaleureusement à dormir chez eux. On partage le repas (énormes morceaux de porc grillés, pain à la vapeur et petits pois) dans la cuisine, noire de fumée, et qui sert aussi de poulailler et de niche à chiens. Une soirée authentique mais ça reste dur de communiquer.


Le premier col franchi (nous sommes alors à l'abri d'un quelconque barrage qui voudrait s'effondrer), les visages et les tenues changent progressivement, nous sommes en territoire peuplé de Yi.
Les Yi représentent la septième plus grande minorité ethnique des 56 groupes minoritaires officiellement reconnus par la Chine (les Yi étaient 7, 8 millions au recensement national de 2000).
En réalité cette ethnie comprend de nombreux sous-groupes disctincts (Nisu, Nasu, Sani, Axi, Lolopo, Pu) qui parlent des dialectes différents et ce groupe "Yi" n'est qu'une catégorie de classification utilisée par le gouvernement mais qui ne reflète pas la diversité culturelle de ces peuples. Les Yi vivent principalement dans les milieux ruraux et montagneux des provinces du Sichuan, Yunnan, Guizhou et Guangxi.
Sur la route nous menant à Xichang, nous tombons par hasard sur une grande célébration Yi. On nous invite à boire de la bière, manger du porc et exploser des pétards. Les femmes portent de magnifiques habits traditionnels. On s'arrête plusieurs heures pour partager ce moment de fête avec eux, même s'il nous est impossible de comprendre ce qu'ils sont en train de célébrer. On essaie en vain de leur poser des questions, mais on n'arrive pas à se comprendre, alors on rigole et on continue à manger et boire, jusqu'à ce qu'une vieille dame s'approche de nous. Elle nous invite à reprendre de la nourriture. Elle prend la main de Christophe. Elle veut lui montrer quelque chose. Très surpris il la suit vers la petite maison à cinquante mètres, où l'on avait vu plusieurs personnes faire de nombreux allers-retours. Christophe imagine que ce doit être la cuisine mais lorsqu'il franchit la petite porte en bois, ce qu'il voit n'a rien à voir avec ça : un vieil homme sans vie est allongé sur un lit, avec une douzaine de munitions autour du cou, son dentier flottant dans un sac plastique à sa droite et plein de bouteilles d'alcool posées près de lui. Il semble être une personne de haute importance, peut-être le chef du village, au vu du nombre de convives. En tout cas la collection d'objet disposés à son chevet laisse deviner qu'il ne s'ennuiera pas là où il va...
On comprend alors ce qu'on n'avait pas réussi à deviner tellement l'ambiance était festive et joyeuse. Nous fêtions depuis trois heures les funérailles du vieil homme en mangeant le porc sacrifié pour maintenir les relations avec l'esprit défunt, comme nous le lirons plus tard.
Les Yi croient en l'esprit en général et à de nombreux bons et mauvais esprits et vouent un culte important aux ancêtres ainsi qu'à la nature. Ils pratiquent en fait une sorte d'animisme, sous l'autorié d'un shaman.

Après cette pause assez surréaliste, nous reprenons tranquillement la route dans l'idée de retrouver à mi-chemin, d'ici dix ou quinze kilomètres, Sven Judith et Hannes (les cyclistes allemands rencontrés plusieurs fois sur la route et avec qui nous avons randonné au Nepal). Nous nous étions quitté à Kathmandou, ils ont du partir pour Hong-kong pour obtenir leur visa chinois, mais il se trouve qu'on avait l'occasion de se croiser à nouveau. Ce matin-là ils quittaient Xichang et roulaient dans notre direction.
On pédale doucement, on a déjà pas mal grimper, mais on ne sait pas encore ce qui nous attend. A chaque virage on se dit que ce doit être le dernier...mais non, ça continue encore et encore.
On est en fait en train de grimper un col de 3200 mètres d'altitude et c'est encore 1500 mètres de denivelé que nous effectuons péniblement. Arrivés en haut avec la joie d'avoir gravi notre plus haut col à vélo, toujours pas de Sven, Judith et Hannes. On se dit qu'ils doivent être restés à Xichang, on décide de continuer jusque cette ville. En fait (nous l'apprendrons quelques jours plus tard par un message Internet) ils sont arrivés avant nous en haut du col et ont décidé de planter la tente dans un champs, en nous laissant un signe sur la route. Mais nous ne l'avons hélas pas vu.
On arrive à Xichang, complètement épuisés après "un enterrement, un col à 3200 mètres et 100 kilomètres pédalés", dure journée !!!


Les enfants sont débrouillards
Après Xichang, on décide de couper à nouveau dans la montagne, un petit col et une belle petite route asphaltée nous amènent sur un petit plateau de quelques dizaines de kilomètres.
La nuit tombe doucement et nous arrivons dans un petit village appelé Ba Kha -ou quelque chose comme ça-. On demande à planter la tente mais une jeune fille qui parle anglais nous propose de loger gratuitement à l'hotel de son oncle. Nous acceptons l'invitation et en attendant la famille on enchaîne quelques parties de billard avec les locaux. Expérience aussi surréelle. Ce qui ne devrait plus nous étonner c'est de voir partout des téléviseurs, des portables ou même des tables de billard en pleine campagne, alors qu'il n'y a même pas l'eau courante!!!
C'est aussi l'occasion d'expérimenter ce que sont des « vrais latrines ». On en avait vu des toilettes dégoûtantes, -certaines méritant une place dans le top 10 des toilettes les plus immondes de la planète-, mais des comme ça jamais! : un trou de quatre mètres carrés et d'un mètre de profondeur (un trou plein, bien sûr, plein à ras bord !), avec une petite rigole pour évacuer le surplus, quatre planches qui tiennent en équilibre et une magnifique collection de toutes sortes de vers et d'asticots qui font leur travail tout en se battant en duel, ah la nature est incroyable!!! Mais devant ce spectacle, ce qu'il ne faut pas oublier, c'est surtout surtout ne pas glisser !

Le matin suivant, on prend une petite route qui doit nous amener à Ning Lang dans la province du Yunnan, mais elle se révèle être une très mauvaise piste, pleine de gros cailloux, et en plus ça grimpe! Nous devons donc pousser les vélos et au bout de trois heures, on n'a fait seulement quinze kilomètres. En plus des cols à répétition qui nous ont retardé ces derniers jours, cette route nous fait désespérer, la perspective d'arriver au Laos avant l'expiration de nos visas s'envole doucement en fumée, ou plutot en sueur. Mais bon, on continue et on se dit qu'on verra bien, tout dépend de l'état des prochaines routes.

Chaque jour nous faisons de superbes rencontres.
Dés qu'un Chinois parle anglais, il vient nous saluer, discuter ou même nous inviter à manger ou dormir. A Meigu, ce sont de jeunes lycéens qui nous offrent des biscuits et nous invitent à manger chez leur ami restaurateur. A Hexi de jeunes écoliers viennent frapper à la porte de notre chambre nous apporter des petits pendentifs et échanger quelques mots...
Nous comprenons que la plupart de Chinois sont très hospitaliers et accueillants mais qu'ils n'osent pas nous approcher lorsqu'ils ne parlent pas anglais.

Sur la route vers Lijiang, après cinq crevaisons (notre record sur une journée) sur une mauvais route pavée, nous rencontrons un policier en civil du nom de Gang, qui revient ensuite en uniforme pour nous proposer de dîner ensemble lorsque nous serons arrivés à Lijiang. Gang appartient à la minorité Naxi, autre groupe minoritaire, de descendance tibétaine. Environ 300 000 Naxis vivent dans le Yunnan, principalement dans les préfectures de Lijiang et Diqing. Leurs religion et culture sont appelées Dongba, du nom de leurs anciens prêtres.
Une de leur spécifité est leur écriture qui est un système hiéroglyphique qui comprend 2000 caractères originels. Comme en Egypte ancienne, un caractère équivaut à un mot. La plupart du vocabulaire concerne la vie ancestrale des Naxis dans les domaines de l'agriculture, de la guerre et de la religion.
Une autre spécifité est la place de la femme et la survivance d'une société matriarcale chez les Naxis de la région de Yongning. Les femmes vivent avec leur frère et n'ont pas de partenaires fixes. Les hommes viennent les visiter la nuit et ils entretiennent des relations libres. En général, les enfants ne connaissent pas leur père. Pour les Naxis les caractères héréditaires sont transmis par les femmes.
L'ancienne ville Naxi de Lijiang est devenue un lieu très touristique. Toutes les maisons traditionnelles se sont transformées en boutiques, souvent tenues par des Naxis.
La plupart des touristes sont chinois, ce qu'on apprécie beaucoup, car, contrairement à l'Inde ou au Nepal, nous ne sommes pas la cible privilégiée des commerçants, les Chinois dépensent bien plus que nous!
Nous rejoignons Gang en fin de journée. Il parle très bien anglais. Il rêve de devenir guide touristique mais ses parents ont préféré qu'il intègre la fonction publique. Il veut économiser de l'argent et retourner à l'université étudier les langues étrangères. Il nous invite à partager un repas traditionnel Naxi: pommes de terre, riz et viande cuits ensemble dans un pot en terre, du choux au vinaigre, une soupe de légumes et des nouilles d'haricots rouges très très pimentées.
Après deux jours de repos à se balader dans les petites ruelles pavées de Lijiang et à végéter dans le parc, nous nous remettons en selle pour Dali sous un ciel très sombre.
Nous avons un très mauvais temps mais la route est bonne et "presque plate". On arrive très vite à destination mais avec encore cinq crevaisons en route.
A Kathmandou, nous avions changé deux pneus, le mécanicien nous avait dit qu'on pouvait faire largement encore 3000 kilomètres avec les deux derniers, on pensait donc pouvoir arriver jusqu'à Bangkok. Or sur ces derniers 1500km en Chine, on crève en moyenne une fois a deux fois par jour. On a rajouté un fond de jante, une semelle spéciale à l'interieur du pneu, des nouvelles chambres à air, on a lavé les pneus et les chambre à air à l'eponge et à l'eau. Rien à faire, ça continue a crever, nos pneus sont trop usés.
A Dali, on se met alors à la recherche de nouveaux pneus mais impossible de trouver des pneus de 28 pouces, que du 26 pouces, ou alors du 28 mais de très très mauvaise qualité. On pense un moment en commander sur Internet, tout en continuant nos recherches d'une adresse d'un bon magasin de vélo en Chine. Il nous faudra près d'une semaine pour trouver le matériel et nous le faire livrer (d'un fournisseur de Kunming).
Nous sommes enfin parés pour repartir. Il nous reste 10 jours de visa et 1000 kilometres à pédaler avant la frontière laotienne. Ces prochains jours vont etre difficiles, on espère pouvoir y arriver sans avoir a faire étendre la validité de nos visas....
Estelle, Dali, le 07/06/08, 11523 kms pédalés

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