Le choc des cultures...???

Publié le par Tanchovic

Publié à Goa après 7652 kilomètres de vélo.

undefined Un soir, devant une guesthouse dans une petite ville du Punjab, je tenais nos deux vélos dont les béquilles sont en fin de vie. Je sens que le mien me glisse des mains, c'est trop lourd, je ne pourrai pas le rattraper...Je demande à un jeune homme à deux mètres de m'aider ' s'il vous plaît, mon vélo va tomber!': il regarde le vélo basculer mais ne fait rien, le vélo tombe, il se retourne et hausse les épaules: bon...Au premier abord, je ne peux m'empêcher de juger cela comme un manque de bon sens mais je me force à chercher une explication plus objective: simple différence de moeurs ou peut-être est-ce une de ces nombreuses règles religieuses hindoues incompréhensives à première vue pour nous autres occidentaux. Oui peut-être cet homme appartient-il à une caste qui ne peut pas aider un étranger (un hors-caste) ou toucher ses affaires avant le coucher du soleil entre le troisième et le dixième jour après la pleine lune sous peine de devoir s'adonner à des ablutions purificatrices. Ça pourrait paraître vraiment tiré par les cheveux si de telles coutumes qui nous semblaient complètement invraisemblables n'en étaient pas moins bien réelles. Ainsi un brahmane (appartenant donc à la caste supérieure) gérant d'un hôtel à Jodhpur a du quitter son emploi devant la colère et tristesse de sa famille après qu'il ait du -un jour où l'un de ses employé manquait à son poste- nettoyé une baignoire, acte impur pour un homme de sa caste. Il y a de cela quelques dizaines d'années, les intouchables (caste inférieure ou hors-castes) devaient s'allonger par terre si par malheur ils croisaient un 'touchable' avant le coucher du soleil afin que leur ombre ne vienne pas le souiller. De tels codes subsistent encore aujourd'hui, surtout dans les milieux ruraux: ainsi les brahmanes ne peuvent accepter une nourriture préparée par un membre d'une sous-caste, les intouchables doivent rester debout dans les transports en commun ou encore apporter leur propre tasse dans les échoppes à thé...les traditions religieuses restent très fortes.
Pour nous autres étrangers certains comportements apparaissent alors incompréhensibles et chaque fois qu'un coin d'ombre s'éclaircit, de nouvelles interrogations affleurent.


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La bonne nouvelle, c'est que nous pourrons très vite quitter Bombay. On pourrait se croire dans une ville britannique avec ses grands bâtiments de style victorien, ses bus rouges, ses beaux taxis pimpants, ses Mac-Donalds et ses beaux magasins, il y a même des trottoirs et des éboueurs -première fois que je rencontre ça en Inde-!. Mais la chaleur écrasante, les déchets qui s'accumulent dans la rue pendant la journée, les chiens galeux, les mendiants qui dorment sur le trottoir, l'odeur d’œuf pourri qui vient de la mer que les Bombayens prennent pour une poubelle géante et les corbeaux qui rôdent à la recherche de quelques cadavres d'animaux nous ramènent rapidement à la réalité: nous sommes toujours en Inde. Des fillettes nous supplient les larmes aux yeux pour qu'on leur achète du lait en poudre pour leurs petits frères. Les plus âgées refusent nos vingt roupies et nous traînent dans une boutique pour qu'on leur prenne un sac de riz à dix dollars qu'elles revendront quelques minutes plus tard au même magasin. Plusieurs personnes nous avaient mis en garde contre cette "arnaque", mais est-ce vraiment une "arnaque"? Pouvons-nous leur en vouloir de tenter d'obtenir plus d'argent, surtout lorsqu'elles voient le 'luxe' dans lequel nous vivons: le touriste 'blanc' arrive en taxi sur la Colaba Causeway et après une petite heure à flâner sur l'avenue marchande, se détend devant une tasse de thé ou une bière dans un café à la française pour enchaîner avec un restaurant avant de undefinedrejoindre son confortable hotel, bien repu. Parfois ce dernier se dit: pourquoi devrait-il s'en vouloir de dépenser son argent ici plutôt que chez lui? Parfois il se dégoûte et vide ses poches à une mendiante. Il paraît que souvent c'est une petite mafia locale qui récupère le pécul de la journée mais comment pourrait-il en être sûr? Et dans le doute faudrait-il plutôt être passif devant tous ces miséreux maigres, malades ou les deux, qui dorment à même le sol (il n'y a pas assez de cartons) avec des pierres pour oreillers ? Mais peut-être y a-t-il une voie médiane à adopter: donner plutôt aux temples qui distribuent des repas chaque jour, dormir dans des guesthouses où l'argent tombe directement dans la poche d'une famille, ne pas donner aux enfants pour ne pas les encourager à mendier...autant de petites choses qui permettent de soulager sa conscience en attendant d'être plus cohérent et sûr de soi.


undefinedLa veille de Noel, on se fait accoster dans la rue pour une figuration dans un film bollywoodien payée dix dollars la journée. Expérience à ne pas manquer, on nous embarque avec cinquante autres occidentaux dans un bus qui nous emmène dans une sorte d'ancien site d'usine desaffecté. On nous lâche dans une pièce au milieu d'une montagne de vêtements où l'on doit trouver de quoi ressembler à de jeunes touristes qui sortent en boîte, jusque là tout va bien. Je vois Christophe dégoulinant dans son T-Shirt rouge Armani, jean taillé à l'indienne (moulant aux hanches, larges en bas) et mocassins en cuir qu'ils ont du découper pour qu'il puisse mettre ses pieds dedans, les filles en robe de soirée et c'est parti pour dix heures à rien faire assis dans une chaise sous une chaleur assommante. Enfin on nous appelle sur le plateau de tournage. Le chef hurle dans le micro et nous devons nous déchaîner sur de la musique pop autour de sublimes starlettes en short et boots étincelantes et de LA Star dont j'ai oublié le nom en costume noir et turban sikh qui mime une chute sur le dancefloor, il avait trop bu , il perd son téléphone portable, moralité: l'alcool c'est mauvais pour le karma. Ça durera une heure, il rejouera la scène une dizaine de fois pendant que le bétail blanc continue à faire semblant de danser, tout suintant et déshydraté. Bon, ce n'était pas une journée glorieuse mais ça nous a undefinedpayé notre restaurant du réveillon de Noël qui se termine avec une ballade au bord de la mer, sur une petite croisette appelée collier de la reine. On recroise Bamaï, un jeune indien venu d'un village alentours pour faire de l'argent à Bombai afin de payer la dot de ses deux sœurs que sa famille doit marier (le système de la dot interdit depuis 1961 est encore largement pratiqué et entraine certaines familles à s'endetter à vie lorsqu'elles marient leur(s) fille(s)). Bamaï a le regard doux et le sourire d'un enfant, il parle très peu anglais mais on arrive quand même à échanger tout en admirant le ciel dans la douce fraîcheur venue de la mer: un de ces moments de communion qui n'appellent que très peu de mots...mais ce moment paisible est perturbé par un groupe de jeunes indiens de bonne famille qui viennent nous faire une démonstration de leur haute éducation et de leur générosité. 'Il est mauvais, nous disent-ils, on lui a donné deux cent roupies hier, il aurait pu acheter des undefinedchaussures mais il préfère jouer au pauvre. Il pourrait travailler mais il est bien trop fainéant et préfère vendre de la drogue dans la rue'. Ils le regardent en ricanant et continuent leur prestation. Ca semble si simple sorti de leur bouche et dans ce triste étalage de mépris, ils voudraient nous montrer dans un parfait anglais, comme ils sont bons et généreux. "S'il est pauvre, c'est qu'il l'a choisi", oui bien sûr, c'est tellement plus facile d'en rester là... L'Inde n'est finalement pas si différente de nombreuses autres sociétés mais on y affirme de telles préjugés ouvertement et sans aucun scrupules: oui, c'est vrai s'il le voulait Bamaï pourrait aller se briser les poignées à casser des pierres sur des routes en construction pour moins d'un dollar par jour. Sur notre chemin vers le Sud, ce sont des dizaines et des dizaines d'hommes et surtout de femmes et d'enfants qui épuisent leur corps au bord de routes défoncées pour fabriquer des montagnes de petits cailloux avant d'aller retrouver leur tente en sac undefinedpoubelle pour la nuit: travail inhumain que l'on pourrait très bien faire effectuer par des machines, mais pourquoi utiliser des machines lorsque la main d’œuvre ne coûte presque rien? Et pourquoi devrait-on mieux les payer, ils ne se plaignent jamais? Encore une fois les moyens techniques et financiers profitent à quelques uns au prix de la dignité du plus grand nombre, alors qu'on pourrait facilement améliorer leur condition. Mais à lire les journaux, les puissants ne sont pas encore prêts à leur rendre la vie plus facile. En effet, la dernière campagne du gouvernement indien visant à faire progresser la situation des plus pauvres est restée au stade des belles paroles. Elle promettait cent jours d'emploi par an payés au moins soixante roupies (un euro) par jour dans les deux cents districts les plus défavorisés, mais presque tout l'argent investi a été détourné et seulement trois pour cent des journées d'emploi prévues ont été effectives. Les coups de marteaux continuent de raisonner sur notre route et seuls les sourires de ces travailleuses viennent briser cette monotonie. Elle sont belles comme des princesses, les oreilles et le nez parés d’énormément bijoux, elles nous éblouissent dans leurs vêtements bariolés ornés de petits miroirs.


undefinedEn quittant Bombay, mon sentiment d'indignation se modère néanmoins, enfin en partie. Nous découvrons une autre Inde, une Inde plus paisible et sauvage, des habitants plus détendus et accueillants. La vie semble plus douce à l'ombreundefinedundefinedqu'il ne faut pas toujours chercher une explication dans nos relations avec les Indiens. Et au fur et à mesure, je ne m'énerve plus -ou moins-,. je me contente de constater, parfois amusée, nos différences culturelles.
L'état des routes, la raideur des côtes et la fatigue, autant que la beauté de ce que nous découvrons à chaque virage -étendue de sable à perte de vue, petits hameaux planqués sur la côte aux maisons en bois couleur pastel, sourires des villageois, excitation des enfants...- nous forcent à ralentir notre cadence. Et pourquoi ne pas se reposer encore un jour de plus dans cette petite cabane posée sur une plage déserte qui s'étend à perte de vue? Nous adoptons vite le rythme des locaux et prenons le temps d'apprécier le calme de ce paradis tropical, ça ne durera peut-être pas.
des cocotiers, dans ces petits villages de pêcheurs bercés par la mer. Si certains sont aussi très pauvres ici, ils ne vivent pas dans la misère. Mais c'est sans doute en raison de la solidarité familiale et villageoise plus que grâce à l'aide de l'Etat. Parallèlement, plus les jours passent, plus l'on se dit

Estelle

Publié dans Inde

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audrey 27/01/2008 18:40

C'est l'horreur cette histoire de caste! C'est clair que c'est étrange cette facon de reagir et qu'il faut vraiment garder son mal en patience.. Bravo de chercher à comprendre avant de condamner!
Courage!!
Bises
Audrey

steack 15/01/2008 09:52

C'est quoi le nom du film que je choppe ca vite fait sur Emule, parce que n'ayant pas passé NYE avec vous, ca m'a un peu manqué de ne pas voir tanchu fourré la tête dans son pull faisant des petits bons un sachet plastique CCV en guise de slip et estel le coude droit dans la main gauche faisant l'helicoptère avec son avant bras droit la chevelure ring(ienne) sautillant sur un matelas, oui je sais c'est un peu dur à suivre, suffit de l'avoir vécu...
allez pédale pédale